Un récent séjour d’une semaine au Manitoba m’a permis de raffermir de précieux liens d’amitié. Diverses rencontres, soit avec Mgr l’Archevêque et son équipe pastorale, soit avec des prêtres et des fidèles laïques, m’ont rappelé de riches souvenirs de mon ministère de pasteur à la tête de l’Eglise de Saint-Boniface. J’en rends grâce au Seigneur notre Dieu.
Quelques couples m’ont fait toucher du doigt la paix et la joie qui règnent dans leur foyer, malgré toutes les difficultés de santé ou de comportement de leurs enfants. L’amour du père et de la mère est la source de la vie heureuse en famille. L’attachement inconditionnel à leurs enfants, qui qu’ils soient ou quoi qu’ils fassent, est le reflet de l’amour miséricordieux du Père du ciel.
Vivre ensemble ! Vivre en famille ! Ce n’est pas toujours facile ! Bien sûr, différentes formes d’attirance projettent les êtres humains les uns vers les autres : besoin, attrait charnel, sentiment, etc. Mais toutes ces forces peuvent-elles déboucher sur la véritable acceptation de l’autre, dans toute sa différence ? Les amours humaines sont fragiles et transitoires, si elles en restent au niveau de la spontanéité. Il faut une longue maturation, pour que l’être humain puisse s’ouvrir à la perfection de l’amour, en aimant avec fidélité l’autre pour lui-même, et non pour soi-même. C’est pourtant à cette perfection que Dieu nous appelle. Elle n’est rien d’autre que le visage de l’amour qu’il nous a montré en son Fils Jésus.
Dès qu’il s’est mis à réfléchir sur la condition humaine, le peuple de Dieu dans l’Ancien Testament, à la lumière de sa vocation, a eu la certitude que l’amour de l’homme et de la femme était, de façon très particulière, révélateur de l’œuvre divine. Dieu appelle l’humanité à une unité dont le modèle est le premier couple, Adam et Ève. En composant le récit très imagé de la création de l’homme et de la femme, au tout début de la Bible, un auteur sacré affirme cette conviction fondamentale. En effet, il nous révèle la grandeur de la relation entre l’homme et de la femme selon le projet divin. En dévoilant le dessin originel de Dieu sur le couple humain, il nous fait entendre les premières paroles de l’homme pour saluer la compagne que Dieu lui donne : “Voilà l’os de mes os et la chair de ma chair” (Gn 2, 23) ! Ce n’est pas une opposition qui définit l’homme et la femme, l’un par rapport à l’autre, mais un côte à côte, un compagnonnage de tous les jours. Le projet de Dieu n’est pas d’opposer l’homme et la femme, mais de les faire partenaires d’une alliance d’amour dont lui le Créateur est la source.

Devant les difficultés de l’amour humain, soucieux de sauvegarder leur intérêt propre, les dirigeants de la société ont aménagé ce qu’ils appellent le droit du mariage et de la famille. Ce droit, même s’il est logique et pratique, ne correspond pas toujours à l’appel divin fondamental et au message de l’Evangile de Jésus Christ. Le véritable amour est fidélité inconditionnelle et accueil absolu de l’autre. Cet accueil, Jésus, par toute son attitude, montre ce qu’il doit être. Il en perçoit l’image dans la spontanéité enfantine. “Des gens présentèrent à Jésus des enfants pour qu’il pose les mains sur eux, mais les disciples les écartèrent vivement.” (Mc 10,13). Une fois de plus les disciples veulent garder Jésus pour eux seuls. Mais ces enfants ont de l’importance pour Jésus. Il leur manifeste de l’attention, du respect, de la bienveillance. Chacun, même le plus petit, le moins doué, l’infirme, le plus lourdement handicapé est accueilli par Dieu. Et chacun de nous est invité à se laisser toucher par Jésus, comme un petit enfant : “ Celui qui n’accueille pas le royaume de Dieu à la manière d’une enfant n’y entre pas” (Mc 10,15). Quelle leçon pour tout le monde !
Au sein de la famille, le père et la mère répondent personnellement à des vocations spécifiques et complémentaires. Cependant, le rôle de chaque parent est affecté, surtout de nos jours, par de multiple conditions personnelles et sociales : santé, gagne-pain, logement, insécurités de toutes sortes.
Nombreuses sont les qualités et les vertus qu’exigent la vocation du père et de la mère de famille ; sans la grâce de Dieu, elles demeurent difficiles à acquérir et à pratiquer. Voilà pourquoi l’Église les rappelle sans cesse dans son enseignement. Ainsi le Pape François a dédié diverses catéchèses sur les vertus du père de famille. Voici un extrait :
“La première nécessité, donc, est précisément celle-ci : que le père soit présent dans la famille. Qu’il soit proche de son épouse, pour tout partager, les joies et les douleurs, les fatigues et les espérances. Et qu’il soit proche de ses enfants dans leur croissance : lorsqu’ils jouent et lorsqu’ils s’appliquent, lorsqu’ils sont insouciants et lorsqu’ils sont angoissés, lorsqu’ils s’expriment et lorsqu’ils sont taciturnes, lorsqu’ils osent et lorsqu’ils ont peur, lorsqu’ils commettent un faux pas et lorsqu’ils retrouvent leur chemin ; un père présent, toujours. Dire présent n’est pas la même chose que dire contrôleur ! Parce que les pères qui contrôlent trop anéantissent leurs enfants, ils ne les laissent pas grandir” (Le 4 février 2015).
Le pape Jean-Paul II dans une lettre adressée aux femmes du monde entier leur manifeste sa reconnaissance pour les merveilles de Dieu accomplies par elles dans l’histoire des générations humaines :
“Le merci adressé au Seigneur pour son dessein sur la vocation et la mission de la femme dans le monde devient aussi un merci concret et direct aux femmes, à chacune des femmes, pour ce qu’elles représentent dans la vie de l’humanité.
Merci à toi, femme-mère, qui accueilles en ton sein l’être humain dans la joie et dans la peine d’une expérience unique par laquelle tu deviens sourire de Dieu pour l’enfant qui vient au monde, tu deviens le guide de ses premiers pas, le soutien de sa croissance, puis le point de repère sur le chemin de sa vie.
Merci à toi, femme-épouse, qui unis d’une façon irrévocable ton destin à celui d’un homme, dans une relation de don réciproque, au service de la communion et de la vie.
Merci à toi, femme-fille et femme-sœur, qui apportes au foyer familial puis dans le complexe de la vie sociale les richesses de ta sensibilité, de ton intuition, de ta générosité et de ta constance” (Le 29 juin 1995).
La mission du père et de la mère s’exerce de façon très concrète dans la vie de tous les jours ; elle peut souvent paraître sans grande signification, réduite aux tâches ennuyeuses de surveillance constante, d’hygiène et de propreté, de conduire les enfants ici et là, etc. Mais pour Dieu il n’y a pas de petites choses. Tout peut contribuer à l’accomplissement d’une vie pleine de bonheur. Dieu a confié à chaque parent (et chaque grand-parent) des enfants qui lui sont des trésors très précieux. Quand on accueille les enfants, le royaume de Dieu est parmi nous. Quel paradoxe ! Selon l’Évangile, les parents doivent devenir semblables à leurs enfants !
+Émilius Goulet, PSS
Archevêque émérite de Saint-Boniface
