2e dimanche de Pâques ou de la Miséricorde
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Le 12 avril 2026
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L’alternance entre vie quotidienne et soif de liberté
« Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté; cesse d’être incrédule, sois croyant ».
Pâques : pour bon nombre de personnes, ce mot est avant tout évocateur de temps de congé ou de vacances. Des foules se pressent sur les routes encombrées, vers les Laurentides ou vers d’autres endroits d’excursions ou de visites amicales ou familiales. On fuit la monotonie de la vie quotidienne. Demain, il faudra bien reprendre la tâche, en attendant les nouveaux congés, les vrais, ceux de l’été. C’est l’éternelle alternance de périodes de moindre vie et de périodes où l’on a l’impression de pouvoir enfin s’épanouir, dans la liberté.
C’est à un autre mouvement de foule que les chrétiens sont invités en ce temps de Pâques. Il ne s’agit plus d’un voyage vers quelque lieu de vacances, mais d’un Exode susceptible, voire capable, de transformer la banalité de toute l’existence humaine. En revivant la démarche du Christ, les croyants peuvent en effet découvrir ce qu’est la vraie libération, une vie nouvelle, celle même du Christ ressuscité.
L’Exode vers une vie nouvelle et le témoignage des premières communautés
Le croyant sait et croit qu’il est en route vers sa patrie définitive, celle où il lui sera donné de s’épanouir en plénitude. Mais, déjà, cette plénitude l’habite depuis le jour de son baptême. Elle s’affirme partout où naissent des communautés de foi. Dès aujourd’hui, c’est le temps du partage et de la fête. Le Christ est ressuscité! L’amour a triomphé. Il est donc possible de croire que l’amour a un sens, qu’il donne accès à l’éternité !
Les textes bibliques de cette liturgie nous enseignent que le mystère de la Résurrection de Jésus est le germe ou la source du renouveau de la personne humaine : en effet, ils nous invitent à redécouvrir toute la portée de l’œuvre de salut pleinement achevée en Jésus ressuscité.
Dans l’ensemble du livre des Actes des Apôtres, saint Luc montre la difficile, mais irrésistible percée de l’Évangile dans le monde païen. L’Esprit triomphe de toutes les difficultés ! Au début de son livre, dans le passage cité dans notre première lecture, il souligne la puissance de renouvellement de la foi. Cela le conduit à tracer un tableau idéal de la première communauté chrétienne, au lendemain de la Pentecôte. Ainsi, avant de montrer les crises, inhérentes à toute communauté humaine, il nous donne d’entrevoir la nouvelle humanité à laquelle tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté sont appelés. Par conséquent, saint Luc peint le tableau de ce que doit être la communauté chrétienne. Elle doit s’organiser pour entendre l’enseignement des Apôtres, c’est-à-dire la Parole de Dieu, vivre la communion fraternelle, prier et accueillir de nouveaux membres. Ainsi témoigne-t-elle auprès de tout le peuple.
La fidélité de Dieu et la vie nouvelle du baptême
Le Psaume responsorial, le psaume 117, célèbre « l’amour de Dieu », c’est-à-dire non seulement sa bonté, sa miséricorde, mais aussi sa fidélité, sa loyauté. L’amour indéfectible de Dieu s’est manifesté en pleine lumière, lorsque, sous la conduite de Moïse, il a libéré son peuple asservi par Pharaon. Ce fut le grand « Jour » dont la célébration et la mémoire permettent d’espérer à nouveau le « salut » de Dieu. Ce psaume, déjà utilisé pour la messe de Pâques, célèbre donc la façon dont Dieu a retourné en faveur de son peuple une situation dangereuse. Pour les chrétiens, Jésus est celui qui, rejeté par son peuple, est devenu le fondement de la nouvelle communauté libérée de l’empire du mal. La Première Lettre de saint Pierre, dont est tirée notre 2ème lecture, serait une sorte de circulaire destinée à des communautés d’Asie Mineure (l’actuelle Turquie), récemment évangélisées. Elle déploie une large prière d’action de grâce pour le baptême qui plonge les chrétiens dans la vie nouvelle du Seigneur Jésus ressuscité. Que les chrétiens vivent donc leur enthousiasme de nouveaux baptisés et tiennent bon, puisque Jésus Christ, le Ressuscité, va se révéler !
Dans le cadre de cette réflexion baptismale, saint Pierre explique aux chrétiens la nature de leur nouvelle existence. Celle-ci est déjà résurrection, car elle arrache à un monde corrompu, qui gangrenait le cœur humain. Bien sûr, il faut encore cheminer dans la difficulté, surmonter des obstacles, avant d’atteindre le terme, lors du retour du Seigneur. Mais déjà les croyants sont soulevés par l’espoir et la joie. Le salut est là !
La paix du Ressuscité et le don de l’Esprit
« La paix soit avec vous ! », répète trois fois Jésus dans l’évangile de cette liturgie… Paix ! tel est le message de Jésus ressuscité à ses Apôtres, pourtant isolés au sein d’un monde hostile ou tout au moins indifférent. Au temps des évangiles, la formule « la paix soit avec vous » peut correspondre à notre « bonjour ». C’est une formule courante et ordinaire. Mais la paix dans l’Écriture accompagnera les temps nouveaux que Dieu prépare. La salutation du Ressuscité prend alors une tout autre profondeur. Avec la Résurrection de Jésus s’ouvrent les temps nouveaux de Dieu. À ce souhait, le Christ ajoute aussitôt un don : celui de l’Esprit, et une mission : porter la Bonne Nouvelle au monde entier.

Désormais, les Apôtres ne seront plus les mêmes qu’avant. Soulevés par le dynamisme même de Dieu, l’Esprit Saint, ils vont devenir des fondateurs de communautés où, enfin, il sera possible de vivre, parce qu’on y connaîtra l’existence surréelle, c’est-à-dire surnaturelle, inaugurée par Jésus ressuscité. Pour celui qui accède à la nouvelle dimension de cette existence, grâce au renouvellement de son regard, il s’agit là de quelque chose de bien plus vrai que ne peut l’être l’existence corporelle du maître, que tient tant à vérifier Thomas, l’incrédule.
Le Ressuscité constitue les disciples en « apôtres » (c’est-à-dire en « envoyés ») pour une mission de salut, de pardon des péchés. Les disciples reçoivent l’Esprit qui permet de mettre à la disposition de tous ce qu’a réalisé Jésus. L’apparition à Thomas redit la condition actuelle du disciple. La foi est possible sans « voir » ni « toucher ». La foi « sans voir » est même la seule possible maintenant. ### Thomas, le jumeau de nos doutes, et l’amour sans faille
« Cesse d’être incrédule, sois croyant ! ». La seconde manifestation du Ressuscité à ses disciples, celle où Thomas est présent, porte donc sur la question de la foi. Thomas, pour croire, veut des preuves de ce qu’avancent ses amis. Mais en fin du récit, il est passé à une tout autre façon de croire. Il croit désormais non plus quelque chose, mais en quelqu’un, en Jésus son Seigneur et son Dieu, sans exiger ses preuves. Croire pour les chrétiens, c’est s’attacher au Christ Jésus. Le nom « Thomas vient du nom araméen « Toma » qui désigne le « jumeau » (en grec : «didymos »). On peut voir en Thomas le « jumeau » de tous ceux qui aimeraient eux aussi toucher le Ressuscité pour croire.
Dans sa tragédie Hamlet, Shakespeare met sur les lèvres du héros parlant à Ophélia : « Doute que les étoiles soient de feu, doute que le soleil se meuve, doute de la vérité même, mais ne doute pas que je t’aime » (Hamlet, acte II, scène 2).
Et si c’était à nous que le Christ disait ces mots aujourd’hui : « Ne doute pas que je t’aime » ? Et il nous les adresse vraiment ! Par conséquent, nous entendons un appel à recevoir cet amour en allant faire l’expérience de la miséricorde dans le sacrement de la réconciliation. Nous entendrons alors ces mots : « Je te pardonne tous tes péchés ». Que cette certitude, plus forte que le doute, soutienne aujourd’hui notre foi !
La Divine Miséricorde et la réalité de l’Eucharistie
Dans de nombreuses églises du monde est exposé le tableau inspiré de l’expérience faite par sainte Faustine de la Divine Miséricorde de Dieu manifestée en Jésus. On y voit le Christ debout, présentant de sa main gauche son cœur en montrant la paume ouverte de sa main droite. De son côté partent des rayons semblant traverser le tableau pour rejoindre celui ou celle qui le regarde. En écoutant l’évangile de ce jour, laissons résonner en nous cette demande de Jésus à Thomas : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté. » La marque des clous et de la lance indique le chemin de la Passion par lequel le Christ est passé pour révéler la hauteur, la largeur, la profondeur de la miséricorde de Dieu pour nous. « Jésus, j’ai confiance en toi » : avec ces mots de sainte Faustine, ou avec Thomas s’exclamant « mon Seigneur et mon Dieu », j’ouvre mon cœur à la présence du Christ ressuscité, manifestation de l’infinie miséricorde de Dieu.
L’Eucharistie, c’est une rencontre plus vraie que celle permise par le regard humain. Vérifier la présence réelle du Christ : c’est ce que voulait faire Thomas. C’est aussi le souhait que formulent bien des chrétiens à propos de l’Eucharistie. Mais la présence dont le Ressuscité nous gratifie ne saurait se réduire à la réalité sensible dont nous sommes si avides. Saurons-nous nous ouvrir au véritable réel, à celui de Dieu ? Si oui, une telle ouverture signifie que nous avons enfin eu accès au monde de Jésus : notre foi eucharistique nous donne de communiquer vraiment avec le Seigneur et de participer à sa vie en Dieu, son Père et notre Père.
Amen !
+Émilius Goulet, PSS
Archevêque émérite de Saint-Boniface

