Le 31 août 2025
« Quiconque s’élève sera abaissé; et quiconque s’abaisse sera élevé » (Lc 14, 11).
L’humilité chrétienne est au cœur de l’Évangile. Dans un monde où l’orgueil et la recherche des honneurs dominent, Jésus nous rappelle que la vraie grandeur se manifeste dans le service et la simplicité. Ce texte spirituel nous guide à travers les lectures bibliques pour découvrir comment la gloire de Dieu se révèle dans l’effacement et l’amour. 🌿
La parole de Jésus : « Quiconque s’élève sera abaissé »
Rien ne sépare autant de Dieu que la prétention par laquelle l’être humain tente de se rendre gloire à lui-même. Elle l’enferme en ses limites, en même temps qu’elle conduit à l’écrasement des autres. Elle contredit le comportement divin : le Seigneur révèle sa gloire, c’est-à-dire l’amour, en s’effaçant. C’est dans sa discrétion même que nous pouvons le mieux découvrir sa vraie grandeur.
C’est ce que nous a manifesté Jésus, se faisant serviteur des autres, se laissant crucifier. C’est aussi ce qu’il nous appelle à découvrir dans le repas eucharistique. Mais que la véritable humilité est difficile! Nous en arrivons parfois à utiliser ses manifestations pour nous donner plus de gloire encore. Seul Dieu peut nous arracher au cercle de notre orgueil suffisant. Sans cesse nous sommes tentés par les fausses gloires. Que le Seigneur nous arrache à nous illusions et à notre orgueil. Qu’au contact de Jésus, il nous apprenne à devenir serviteurs. Il fera ainsi éclater en nous sa propre grandeur.
L’humilité dans la tradition biblique
Dieu se révèle dans l’effacement! Voilà ce que nous enseignent les lectures bibliques de cette liturgie. La première lecture est tirée du livre de Ben Sira le Sage, « l’Ecclésiastique » ou le « Siracide ». Ce livre nous offre le fruit d’une méditation portant à la fois sur l’histoire du peuple de Dieu et sur l’expérience humaine. Son auteur exprime en termes très concrets la condamnation de la prétention orgueilleuse. La véritable grandeur se révèle dans l’humilité de l’être humain ouvert à la sagesse.
« Si tu veux réussir, choisis l’humilité plutôt que l’orgueil ». Serait-ce la leçon à tirer de ces versets? Non, les faits la démentiraient trop souvent. Le Siracide se place au niveau de sa foi. Il reprend sa tradition religieuse : Dieu a horreur des orgueilleux, de ceux qui méprisent leurs frères et sœurs. Le Dieu de l’Écriture est comme cela : il se place délibérément du côté des humbles, des laissés pour compte.

Dieu du côté des humbles
Tel est Dieu! Il surprend sans doute! Il n’est pas tel qu’on pourrait se l’imaginer : lointain, indifférent, ami des riches et de puissants. Le Dieu qui transparaît dans les Psaumes est d’abord le « Père des orphelins, le défenseur des veuves le protecteur des isolés ». Le Psaume responsorial de ce jour rejoint bien la réflexion du Siracide. La gloire de Dieu s’est manifestée dans la façon dont il s’est mis au service des humbles.
L’Évangile selon saint Luc : choisir la dernière place
L’auteur de notre 2ème lecture est saisi par le contraste existant entre les manifestations éclatantes de Dieu dans l’Ancien Alliance et son humble révélation en Jésus. Il souligne ainsi tout ce qui sépare un culte, célébré avec éclat, du culte chrétien, marqué par la simplicité. C’est pourtant celui-ci qui donne vraiment accès à la communauté des saints.
En effet, l’auteur de la lettre aux Hébreux montre à ses destinataires devenus disciples de Jésus quelle chance ils ont. Clairement et directement, grâce à Jésus « le médiateur » de l’Alliance nouvelle, ils sont les bénéficiaires de cette Alliance. Au plan spirituel, ils profitent déjà de la vie de Dieu. Ils demeurent mystérieusement en communion avec les anges et les autres baptisés. Ils sont déjà plongés dans l’au-delà.
En ce dimanche, nous assistons au quatrième repas de Jésus que saint Luc raconte dans son évangile. Devant le désir d’Hérode de tuer Jésus, des pharisiens ont conseillé à ce dernier de fuir. Mais dans ce contexte de tension, Jésus poursuit sa mission d’annonce du Royaume. Il continue sa montée vers Jérusalem.
Observant le comportement des gens, au cours d’un repas sabbatique, Jésus fait sentir à ses disciples toute la vanité de la prétention orgueilleuse. En rapportant ses propos, saint Luc met en valeur une idée centrale de son évangile : le Royaume de Dieu ne peut qu’être méconnu de ceux qui entendent se conférer à eux-mêmes leur propre gloire. Il est ouvert à tous ceux qui vivent dans un esprit de gratuité.
L’exemple de Jésus : le serviteur de tous
« Quand quelqu’un t’invite à des noces, ne va pas t’installer à la première place, de peur qu’il ait un autre invité plus considéré que toi » … À trop chercher les premières places, on risque de se voir refouler vers les derniers rangs. Ne vaut-il pas mieux ruser et commencer par se placer à l’arrière! On viendra vous y déloger pour vous faire monter à l’avant. Jésus ferait-il l’éloge de la fausse humilité ou de savoir-faire? Non. Il parle de « noces ».et les lecteurs de l’évangile de saint Luc comprennent qu’il s’agit du « festin » où Dieu les invite. Chez Dieu, le plus grand est le serviteur. Les premiers, les mieux placés au festin du Royaume, sont ceux qui, pour se solidariser avec leurs frères malheureux, n’hésitent pas à se mettre en dernière position. L’évangéliste parle ici de la manière dont Jésus a mené sa vie. Il a pris la condition de serviteur jusqu’au don de sa propre vie.
Nul besoin de jouer des coudes et de pavaner. Jésus a pris la dernière place aux côtés des plus pauvres, des petits, des malades. Il les a servis jusqu’au bout, jusqu’à la mort sur la croix. Aussi a-t-il été, « glorifié » près du Père. Les lecteurs de l’évangile comprennent. Disciples, ils mettent leur pas dans ceux de Jésus et choisissent comme lui d’être des serviteurs.
L’invitation de Jésus : servir avec humilité
« Quand tu donnes une réception, invite les pauvres… cela te sera rendus à la résurrection des justes ». Les honneurs viendront, mais à « la résurrection des justes», lors de l’ « élévation » de ceux qui sur terre, se seront ajustés à Dieu. Le Royaume de Dieu vient, mais il est déjà là, lorsque les chrétiens choisissent de s’identifier aux plus faibles. L’honneur et la récompense, c’est de vivre dès maintenant comme Jésus, en prenant la tenue de service.
Par conséquent, il s’agit donc pour nous de dépasser nos habitudes imposées par le code social et d’élargir nos horizons relationnels pour participer à la vie divine ici et maintenant. Jésus nous invite à revoir nos attitudes en renversant les codes et en acceptant l’unique place d’honneur : celle du serviteur du Seigneur qui reçoit tout du Père. Le vrai disciple de Dieu est donc celui qui se met en capacité d’écoute pour aller vers Dieu, vers la montagne de Dieu, vers Jésus. Il se décentre de lui-même pour s’ouvrir aux autres. Ainsi, cette écoute s’incarne dans une éthique de vie. Elle questionne le comportement social.

Témoignages spirituels des Pères de l’Église
Voici à la suite une citation d’Isaac le Syrien, évêque et théologien mystique de l’Église de l’Orient qu’on pourrait intituler la parure de la Divinité. « Je veux ouvrir la bouche, frère, pour vous parler du très haut sujet de l’humilité. Et je suis rempli de crainte, comme quelqu’un qui sait qu’il doit parler de Dieu dans le langage de ses propres pensées. Car l’humilité est la parure de la Divinité. En se faisant homme, le Verbe l’a revêtue. Par elle, il a vécu avec nous dans un corps. Et quiconque s’en est entouré, s’est rendu pareil en vérité à Celui qui est descendu de sa hauteur et qui a recouvert sa grandeur et sa gloire par l’humilité, pour qu’à sa vue la création ne soit pas consumée. Car la création n’aurait pu la contempler s’il n’avait pas pris sur lui humilité et n’avait pas ainsi vécu avec elle. Il n’y aurait pas eu de face à face. La création n’aurait pas entendu les paroles de sa bouche ».
On peut retenir comme bouquet spirituel cette petite phrase de saint Augustin : « Il n’y a rien de plus excellent que la charité. Mais seuls les humbles sont capables d’y marcher »
Conclusion : l’Eucharistie, la gloire de Dieu dans l’humilité
L’Eucharistie c’est une réalité où la gloire de Dieu se révèle dans l’humilité. Dans nos célébrations, nous sommes souvent sensibles au déploiement majestueux de la liturgie. Mais la véritable présence divine se manifeste dans la simplicité des paroles et des gestes qui rendent présent le don de Jésus, serviteur de tous jusqu’à la mort.
Savons-nous reconnaître cette gloire? Saurons-nous remercier le Seigneur pour la discrétion avec laquelle il sollicite notre réponse à son amour?
Amen! 🙏
Par Monseigneur Émilius Goulet, PSS
Archevêque émérite de St Boniface
