Une longue vie au service de l’Église

Me voici dans la 68e année de ma vie presbytérale et la 25e année de ma vie épiscopale! Les questions qui m’ont le plus interpellé sur ma vocation et ma mission sont celles venues des enfants et de ceux qui leur ressemblent. En fait, ce sont des questions très graves, lancées avec simplicité et candeur, car elles me renvoient à mes propres choix et à ma responsabilité personnelle de tous les jours.

Au service du peuple de Dieu

Les questions essentielles qui interpellent la vocation

« Pourquoi es-tu devenu prêtre? Comment as-tu découvert ta vocation au sacerdoce? As-tu fait l’expérience d’un moment précis où Dieu te parlait et t’invitait à tout quitter pour le suivre? As-tu été témoin de miracles qui t’ont profondément marqué? Pourquoi as-tu quitté à plusieurs reprises ta propre patrie, pour travailler dans d’autres pays, où tu as dû apprendre d’autres langues et te familiariser avec de nouvelles cultures? Pourquoi as-tu choisi de devenir archevêque? En cette Année Jubilaire, que signifie pour toi être Pèlerin d’espérance? »

Le sens du sacerdoce ministériel

La vocation au sacerdoce ministériel est un appel divin en vue d’une mission particulière : rassembler le peuple de Dieu, l’enseigner par la Parole et le sanctifier par les sacrements. Elle exige une réponse libre et éclairée, qui engage pour toute une vie. Elle est liée dans l’Église latine au célibat perpétuel, signe du don total de toute la personne à Dieu.

Tout vrai prêtre s’étonne toujours d’avoir ressenti l’appel divin et d’y avoir répondu moyennant la grâce du Seigneur. Celle-ci vient à la rencontre de l’être humain. L’amour de Dieu veut notre libre assentiment. En fait, la vie du prêtre est un dialogue constant avec Dieu, car la réponse à l’appel est de tous les jours. Sans la prière et la méditation de la Parole de Dieu, faites de façon assidue, il est difficile d’entrer et de demeurer dans le dialogue, qui a pour sujet la vocation personnelle; il n’est pas toujours facile de laisser la porte ouverte au dialogue avec Dieu.

Le prêtre, ambassadeur du Christ

C’est le Christ, en tant que tête de l’Église, qui agit dans le ministère du prêtre. « Nous sommes les ambassadeurs du Christ », écrit Saint Paul (2 Co 5, 20). L’ambassadeur est une personne qui est autorisée à représenter son pays auprès d’une autre nation. Ambassadeur du Christ? C’est difficile à imaginer, quand on se sent faible et imparfait. Comment être messager du Christ et représenter Dieu qui est saint et juste? Pourtant Dieu n’a pas besoin de gens parfaits, mais de gens qui acceptent la mission, tout simplement…généreusement.

L’appel personnel : un chemin unique

Dieu appelle qui il veut, quand il le veut et comme il le veut. Chacun a reçu son appel et possède son histoire personnelle. J’ai reçu mon appel…et il perdure encore! Je suis en dialogue constant avec mon Seigneur! Je ne l’ai jamais vu face à face; mais il s’est adressé à moi souventes fois de façon multiple et variée. Benjamin d’une famille de 13 enfants, j’ai été éduqué dans un foyer où régnait une atmosphère de prière et de compréhension.

Mon père était un honnête homme; ma mère a été ma première catéchèse; sur ses genoux, j’ai appris à prier. La figure du prêtre était très présente au sein de notre famille. Ma mère avait 5 neveux prêtres qui lui rendait souvent visite. De plus, les prêtres de notre paroisse venaient régulièrement à la maison pour donner les sacrements à mes grands-parents âgés.

Au service du peuple de Dieu

La voix intérieure qui appelle

Très tôt, j’ai été interpellé par les phrases pointues de Jésus dans l’Évangile : « Venez à ma suite et je vous ferai pêcheurs d’hommes…Suis-moi… Si tu veux être parfait, va, vends tout ce que tu possèdes… viens, suis-moi » … C’est Dieu qui me parlait par la petite voix de ma conscience m’indiquant intérieurement un chemin à suivre.

Ainsi le désir de suivre Jésus s’est affermi dans mon cœur. Il a été nourri par une éducation chrétienne, tant à l’école primaire qu’au collège. Certes, l’idée de devenir prêtre a été mise en veilleuse par la possibilité d’embrasser une carrière libérale dans la ligne de mes qualités humaines.

Au bout du compte, mes conseillers spirituels m’ont aidé à faire le discernement. J’ai opté pour la vie de prêtre missionnaire. Ma gratitude est immense à l’égard de l’Église qui m’a accueilli et, dans le cadre de la Société des Prêtres de Saint-Sulpice, m’a permis de servir dans différents ministères : formateur de futurs prêtres, supérieur provincial, secrétaire de la conférence des évêques catholiques du Canada, recteur du Collège Pontical Canadien à Rome et archevêque de Saint-Boniface, mon diocèse d’incardination.

La mission épiscopale

« Si quelqu’un aspire à la responsabilité d’une communauté, c’est une belle tâche qu’il désire » (1 Tm 3,1). On ne choisit pas de devenir évêque! C’est le Saint-Père qui nomme un prêtre pour cette mission, pris parmi les candidats aptes présentés par les Églises particulières.

Les évêques sont les successeurs des Apôtres. Chacun reçoit la charge d’une portion du peuple de Dieu (diocèse) qui lui est confiée; mais ils sont tous ensemble responsables de l’Église entière sous la conduite du Saint-Père, successeur de Pierre le chef des Apôtres.

Saint Ignace d’Antioche dit que l’évêque est « l’icône » de Dieu. C’est cette image que les fidèles recherchent en lui; il lui réserve la confiance qu’ils mettent en leur Dieu. Quel défi pour un pauvre être humain! Mais il doit le relever, car il en dépend de sa triple mission de gouverner, d’enseigner et de sanctifier le peuple de Dieu.

Collaborateur de l’évêque, tout prêtre, même diocésain, doit aussi porter le souci de l’Église universelle, dont la caractéristique est d’être « l’Église en sortie ». Il doit donc demeurer ouvert à la mission « ad gentes », s’il reçoit l’appel.

Le prêtre, semeur d’espérance

Le prêtre est un semeur d’espérance. Comme la personne vouée à la vie consacrée, il rappelle par son état de vie, « les réalités d’En-Haut, là où se trouve le Christ » (Col 3,1). L’espérance est un don gratuit de Dieu; elle nous invite, au sein même des ténèbres du monde, à contempler la création nouvelle inaugurée par la Résurrection de Jésus.

Par notre baptême, nous sommes régénérés, nous entrons dans cette vie nouvelle. Par conséquent, nous sommes des créatures nouvelles en marche vers la plénitude de la vie divine. La route est difficile et le découragement menace. Il importe de comprendre les épreuves de la vie comme un appel du Seigneur.

« Courons avec endurance l’épreuve qui nous est proposée, les yeux fixés sur Jésus Christ » (He 12, 1-2).

Nous sommes des pèlerins d’espérance. Une des plus belles grâces de la vieillesse est d’entrer en dialogue avec les jeunes et de constater qu’ils désirent répondre à leur vocation personnelle, approfondir l’Évangile et à leur tour bâtir le Règne de Dieu autour d’eux-mêmes. La relève est assurée. Le Seigneur veille sur son Église. Quelle espérance!

Le mystère de la fécondité spirituelle

Quelle réalité spirituelle ai-je pu construire tout au long de ma vie? Je ne sais… Dieu seul le sait! C’est toujours le temps de la semence … Dieu accueillera la récolte!

Je n’ai jamais fait de miracles au cours de mon long parcours! C’est l’Esprit du Seigneur qui a accompli le miracle merveilleux d’appeler un enfant, un adolescent, un jeune homme, un prêtre, un évêque à donner malgré toutes ses limites tant d’années au service de l’Église. La vie m’a comblé!

« Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur »!

+Émilius Goulet, PSS
Archevêque émérite de Saint-Boniface

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