3e dimanche de Pâques A

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Le 19 avril 2026
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Le défi de la foi face à la dure réalité du monde

« Comme votre cœur est lent à croire … Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire? »

Nous chrétiens baptisés, nous formons et construisons le Royaume de Dieu, le nouveau peuple appelé à établir la justice, la paix et la joie en ce monde. En revanche, nous nous heurtons chaque jour à l’écrasement des faibles, à la violence, à la guerre, à la misère, à la mort. Est-il alors possible de croire et d’espérer ? Est-il possible de vivre dès maintenant dans la paix et dans la joie ? La triste réalité ne nous oblige-t-elle pas à reconnaître que notre foi est illusoire ?

Cette question était celle des disciples du Seigneur Jésus, au lendemain de sa mort. Se remémorant la longue histoire de leur peuple, ils en arrivaient à un constat d’échec. Comme il est difficile de percevoir une nouvelle forme de vie s’affirmant dans l’épreuve ! L’être humain ne voit que l’apparence, le cocon, et non la véritable réalité, celle du papillon qui s’y forme et qui, demain, s’envolera, libre.

3e Dimanche de Pâques 2026 : La rencontre sur la route d'Emmaüs

Sur la route d’Emmaüs, deux personnes ont ouvert les yeux. Ce qui les a arrachées à leur aveuglement, c’est une relecture de l’Écriture éclairée par Jésus lui-même. C’est surtout un geste de partage à travers lequel s’affirmait la pérennité d’un amour triomphant. Le voile s’est alors déchiré, l’histoire a trouvé sens. Elle est apparue soudain comme le cocon au sein duquel germait la créature nouvelle, accédant enfin à la vie de l’Esprit. Le Royaume est bien là et il est possible de l’annoncer au monde.

L’Écriture et l’Esprit : Éclairer l’histoire humaine

Les textes bibliques de cette liturgie nous enseignent que toute l’Écriture, comprise à la lumière de l’Esprit de Jésus, est capable de déchirer le voile de nos « esprits sans intelligence », pour que nous puissions marcher à la suite du Christ ressuscité, au sein même de notre douloureuse histoire humaine.

Dans notre première lecture, tirée du livre des Actes des Apôtres, nous voyons que saint Pierre, pénétré par l’Esprit, lui qui refusait précédemment la scandaleuse perspective de la passion, peut maintenant tenter d’éclairer ses compatriotes encore enfermés dans leur vision tout humaine du Royaume. Il affirme que Jésus, le condamné, vit pour toujours. Ce Jésus a réalisé tout ce que laissait entrevoir l’Écriture bien comprise. Il a manifesté ce qu’est la plénitude à laquelle est appelée toute l’humanité.

Saint Luc a préféré étaler dans le temps la présentation de Pâques et de ses conséquences pour les disciples. La célébration de la Pentecôte devient ainsi pour lui le point de départ de la mission des disciples. L’Esprit pousse Pierre et les autres Apôtres à sortir de leur peur pour témoigner du Ressuscité. Le temps de l’Église est en même temps celui de l’Esprit qui anime et soutient cette Église.

La présence du Père et le prix de notre liberté

Le Psaume responsorial, le psaume 15, est tout entier traversé par une conviction profonde : le Seigneur seul peut nous combler. Mais pour être savouré, ce bonheur suppose la vie. La mort l’anéantirait. Voilà pourquoi Dieu ne peut vouloir la perte de ceux qu’ils comblent : « tu ne peux m’abandonner à la mort ». Prière d’un croyant et de tout le peuple, ce psaume, devient la prière de Jésus. En filigrane Pâques se dessine.

Dans la 2e lecture, tirée de la première lettre de saint Pierre, Dieu est reconnu comme « Père ». En Jésus, les baptisés deviennent des fils adoptifs de Dieu. Cette « paternité » de Dieu, déjà révélée, dans l’Ancien Testament, prend avec Jésus une signification unique et nouvelle. Ce Père reste le Dieu juste « juge ». La lettre se transforme en cri de foi au Christ sauveur. En Jésus mort et ressuscité, Dieu offre le bonheur, sa vie, à tous.

Que les chrétiens tirent donc les conclusions pratiques de la façon dont Dieu les a libérés ! Ils n’ont pas été sauvés à prix d’or, mais par un don d’amour, celui de l’Agneau livré pour tous. À travers Jésus, ils ont découvert le vrai visage d’un Dieu de miséricorde. Qu’ils vivent désormais tournés vers lui, imprégnés de cette vision libératrice qui s’est affirmée au terme d’une longue histoire.

Le sens du partage : Pain de la Parole et Pain de Vie

C’est sans doute dans le texte de l’évangile de ce jour qu’apparaît le mieux à quel point Jésus vient donner sens à toute l’histoire humaine, faite de larmes et de sang. Nous percevons deux disciples bien abattus ! La croix de Jésus a mis un point final à leur espérance. Leur compagnon de route leur fait comprendre qu’ils ont à méditer les Écritures et les invite à partager le pain. Leurs yeux s’illuminent. Leur cœur s’ouvre. Après Pâques, il n’est plus nécessaire de « voir » le Ressuscité ; celui-ci reste bien présent avec ses disciples grâce aux Écritures et le partage eucharistique.

Les deux disciples qui cheminent ont pu rencontrer leur maître ; mais ils ne l’ont perçu qu’à travers leur attente d’un monde miraculeusement arraché au mal. Maintenant, il leur faut découvrir son vrai visage, celui d’un homme qui n’a cessé d’affirmer par toute sa vie, et par sa mort même, la victoire de l’amour sur les forces du mal ; il a ainsi donné son sens au mouvement du peuple de Dieu jeté à la recherche de la vraie réussite. C’est au moment où Jésus partage le pain, en rendant grâce à Dieu, que les deux disciples comprennent enfin qui est cet homme, et la réalité de la vie divine qu’il incarne. Tout s’éclaire ! Il faut porter aux autres la Bonne Nouvelle.

3e Dimanche de Pâques 2026 : La rencontre sur la route d'Emmaüs

Cette rencontre sur la route d’Emmaüs est un événement unique, et son récit par saint Luc est un chef d’œuvre. Il est possible de découvrir la similitude entre ce récit et ce que nous vivons dans la célébration de l’Eucharistie : une rencontre avec Jésus par le pain de la Parole et le pain de l’Eucharistie.

Jésus n’est pas venu disqualifier, corriger, compléter ou achever les Écritures, mais les « accomplir ». La grande différence entre l’Ancien Testament et le Nouveau ne se trouve pas dans la qualité du contenu du second par rapport au premier. Elle est dans le fait que Jésus puisse en son nom propre dire la loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes. La grande différence vient de la personne même de Jésus. Les Écritures, paroles de Dieu, sont accomplies parce que Jésus est lui-même le Langage, la Parole de Dieu. Cet « accomplissement » redonne toute sa force et son importance à l’Ancien Testament.

L’absence devenue présence : Le retournement intérieur

Saint Luc décrit le repas d’Emmaüs sous les couleurs du repas eucharistique. L’Eucharistie est le signe majeur de la Résurrection du Seigneur, le signe à quoi l’on reconnaît que le Seigneur vit, qu’il est présent. L’Eucharistie n’est pas seulement le mémorial de la mort du Seigneur, c’est aussi le mémorial de sa Résurrection. La mort et la Résurrection sont liées de manière indissoluble.

Tenons-nous au bord de la route d’Emmaüs en ce jour où les pèlerins rentrent chez eux après avoir fêté la Pâque à Jérusalem. Deux d’entre eux, fatigués, découragés, passent d’un pas lourd… Mais quelques heures plus tard, de nuit, nous les voyons faire le chemin en sens inverse, courant presque, joyeux et pleins d’énergie. Ce retournement physique est le fruit d’une rencontre bouleversante et d’un profond retournement intérieur.

Ils attendaient un libérateur puissant pour Israël, ils ont compris que le Messie devait souffrir avant d’être glorifié. Leur esprit était sans intelligence ; mais leur cœur est devenu tout brûlant. Ils ne reconnaissaient pas Jésus tant qu’il était visible ; leurs yeux se sont ouverts, alors qu’il devenait invisible. L’absence est devenue présence. Le compagnon de Cléophas n’est pas nommé, peut-être s’agit-il de Marie, son épouse ? Mais si l’autre pèlerin n’est pas identifié, c’est sans doute pour que chacun de nous puisse se mettre à sa place. Car Jésus nous rejoint encore sur la route, il ouvre nos cœurs aux Écritures et nous partage le pain. Notre foi en la Résurrection est désormais celle d’Emmaüs, une foi qui s’enracine dans la Parole de Dieu et qui reconnaît le Christ, non parce qu’il est visible, mais par le signe du partage eucharistique qu’il nous a laissé en mémoire de lui.

L’Eucharistie, c’est le geste en lequel se révèle le sens de l’histoire humaine : « Alors leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent. » Les deux disciples ne voyaient pourtant qu’un homme, un étranger, partageant le pain. Mais qu’était donc cette façon de partager le pain pour qu’à travers elle ils reconnaissent leur Seigneur, pour qu’en elle s’affirme la réalité du Royaume ? Un geste divin !

Au cours de chaque célébration eucharistique, un peu de pain nous est offert. Ouvrirons-nous enfin les yeux, pour reconnaître à travers lui le vrai visage du Seigneur ? Nous pourrons alors porter aux autres la Bonne Nouvelle de celui que nous aurons enfin découvert.

Amen !

+Émilius Goulet, PSS
Archevêque émérite de Saint-Boniface

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