Dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur

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Le 29 mars 2026
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Comment l’humilité de Jésus démasque nos fausses attentes de succès.

« Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur… ».

Qui d’entre nous n’a jamais été victime d’un malentendu ? L’Entrée triomphale de Jésus à Jérusalem est la journée par excellence du « malentendu ». Pour les Apôtres, c’est enfin l’accomplissement de ce qu’ils espéraient. Jésus, qui entre à Jérusalem, prend possession de la ville royale, de la ville sainte. Il va inaugurer le Royaume, leur royaume, celui qu’ils attendaient.

Pour Jésus, c’est bien cela et c’est tout autre chose. Au-delà du succès apparent, il voit l’avenir, son rejet, sa condamnation. Certes, il vient bien inaugurer le Royaume ; mais celui de Dieu, non celui des êtres humains. Ce Royaume sera celui qu’un centurion romain et ceux qui l’accompagnaient, bouleversés, découvriront au pied de la Croix. Dans un homme mort abandonné de tous, ils reconnaîtront soudain l’affirmation triomphante de l’amour. Ils confesseront en Jésus le « Fils de Dieu. »

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Le Serviteur qui réconforte celui qui n’en peut plus

Au cours de l’exil à Babylone, le « Second Isaïe » avait déjà proposé un véritable retournement de l’idée du sauveur attendu. À l’image de roi puissant s’affirmant par la force, il avait substitué celle du serviteur vivant dans le rayonnement de la parole divine et acceptant de prendre sur lui le mal du monde. Cependant, ce message avait été complètement méconnu durant plusieurs siècles.

Ce n’est guère l’habitude chez les prophètes de présenter un envoyé de Dieu qui refuse la force, la puissance et la gloire pour ne chercher qu’à se laisser instruire par la Parole et pouvoir ainsi « réconforter celui qui n’en peut plus ». Les évangélistes s’inspireront de ce poème du « Second Isaïe », pour écrire le récit de la passion de Jésus : « Je ne me suis pas dérobé. »

Dieu face au malheur : L’espérance du Psaume 21

Comme l’indique le Psaume responsorial, Dieu semble bien loin ou même absent lorsque le malheur frappe. Après tout, pour beaucoup la souffrance est peut-être une punition divine méritée ? Non, crie celui qui prie dans ce Psaume 21. Dieu n’abandonne pas le malheureux. Il reste même près de lui pour lui venir en aide. Le psaume appelle à faire pleinement confiance au Seigneur, quoi qu’il puisse arriver ; il est devenu la prière de Jésus en Croix.

L’humilité : Clé de l’unité chrétienne

Dans notre 2e lecture, on pense que saint Paul utilise un hymne créé par les premiers chrétiens à la gloire du Christ. Nous avons en tout cas dans ce texte un des témoignages les plus primitifs de la foi de l’Église en la Seigneurie de Jésus. Toute sa vie a été don d’amour. Désormais son nom est au-dessus de tout nom.

L’Apôtre donne en exemple l’humilité de Jésus à ses amis de la ville de Philippes. L’humilité est pour lui l’attitude nécessaire pour développer et garder l’unité dans leur communauté chrétienne. Jésus aurait pu revendiquer pour lui-même la première place et s’imposer à tous. Mais il a choisi l’humilité, c’est-à-dire l’humble service qui l’a conduit à mourir sur la Croix. Aussi Dieu l’a-t-il élevé au-dessus de tout.

La logique du péché face à l’œuvre divine

Dans son récit de la Passion, saint Matthieu relit les événements à partir des Écritures. Le processus conduisant à la mort de Jésus est le résultat de deux dynamismes contradictoires :

  • L’enchaînement fatal du péché : Les ennemis aveuglés par la haine, Pilate et la foule entraînés par la peur, et les Apôtres qui abandonnent et renient. La logique du péché fonctionne comme une machine bien réglée.
  • L’œuvre divine triomphante : Dieu utilise cette logique impitoyable pour la détruire par l’affirmation de l’amour. Dieu est capable de tirer le bien du mal ! Broyé, Jésus ne cesse de répondre à sa vocation de Fils. Au sein de la déréliction, il affirme que la foi, dans sa liberté, peut dominer la mort.

Eucharistie et Passion : Un don librement consenti

L’institution de l’Eucharistie et la Passion du Christ sont deux événements qui s’éclairent l’un par l’autre. C’est l’institution eucharistique qui donne tout son sens à la Passion : d’un événement imposé par la logique du mal, elle fait un don librement consenti par amour. C’est la Passion qui donne son sens à l’Eucharistie : celle-ci dit la vérité profonde d’un geste de partage. Par notre participation à l’Eucharistie, nous sommes alors confrontés à la question posée à toute personne humaine par la mort de Jésus : sommes-nous du côté des bourreaux ou de la victime ?

Amen !

+Émilius Goulet, PSS
Archevêque émérite de Saint-Boniface

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