Le 25 décembre 2025
Réflexion spirituelle sur le mystère de Noël
En la fête de la Nativité du Seigneur, l’Église invite les croyants à contempler le mystère de l’Incarnation et la lumière qui illumine toute l’humanité. Cette réflexion nous conduit au cœur de Noël, entre foi, tradition et espérance chrétienne.
« Dans la communion de toute l’Église, nous célébrons la nuit très sainte où Marie, dans la gloire de sa virginité, enfanta le Sauveur du monde »
Le mystère de la Nativité
Par ces mots, la liturgie nous reporte au cœur même du mystère de la Nativité du Seigneur. « Lorsqu’est venue la plénitude, Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme » (Ga 4,4). Il est enfin apparu dans la nuit de la Nativité, le messie tant attendu! Cette nuit est plus radieuse que le jour, puisque Dieu l’a fait resplendir des clartés de la vraie lumière.
Cette nuit est unique dans toute l’histoire de l’humanité, parce qu’elle voit une vierge donner au monde la lumière éternelle, un enfant qui est Dieu. En effet, ce nouveau-né d’un instant entre les bras d’une jeune mère, c’est Emmanuel, le « Dieu- avec – nous », le Fils du Père éternel, en même temps que le fils de Marie. Celui auquel Dieu dit de toute éternité, « Tu es mon Fils », l’engendrant d’un vouloir constant dans cet aujourd’hui qui ne connaît ni aube ni déclin, c’est celui-là même qui vient d’apparaître dans notre condition humaine.
Il a pris cette condition humaine en s’enfermant dans le sein d’une femme pour toute la durée nécessaire à la formation d’un corps humain. Dès lors, comme l’affirme saint Léon le Grand : « Il n’est pas permis d’être triste, quand on célèbre l’anniversaire de la vie ». Devant la manifestation d’un si grand mystère, dont le souvenir provoque en nous des ondes d’enthousiasme et d’action de grâce, notre âme trop pleine déborde de joie, d’admiration et de reconnaissance.
Notre prière, en cette nuit très sainte, est nourrie d’une exultation intérieure et se traduit par le besoin de chanter : « C’est Noël » !
Noël aujourd’hui : entre foi et culture
De nos jours, Noël n’est plus seulement une fête liturgique chrétienne. Par-delà les siècles, Noël est devenu un événement saisonnier, dont l’ambiance gagne toute la société et non plus uniquement les croyants qui se préparent à célébrer dans la joie la naissance de Jésus.
Cette période de l’année est, d’une façon ou d’une autre, une occasion de joie collective. Il est difficile, voire inutile, de remettre en question, de condamner ou de tenter de contrôler l’inflation de réjouissance, qui entoure Noël. Mais notre foi nous invite au discernement. Il nous faut bien comprendre que la plupart de ces festivités sont sans rapport direct avec le mystère de la Nativité du Seigneur.
Peut-on célébrer Noël sans Jésus ?
Une question s’impose : peut-on célébrer Noël sans référence à la naissance de Jésus? Certains aujourd’hui le voudraient bien, pour se montrer « politiquement corrects ». Pourtant, le respect des autres exige du même coup le respect des traditions réciproques.
La Nativité est une fête essentiellement religieuse. Toute tentative pour la séculariser, la banalise et la vide de son sens. Actuellement, il existe un mélange, voire une confusion, entre des aspects sacrés et profanes du cycle de Noël.
Certaines traditions populaires associées à cette fête sont considérées comme religieuses, mais ne le sont qu’indirectement : c’est le cas des arbres et des bougies de Noël, quelles que soient leur forme, leur taille ou leur couleur. En revanche, d’autres traditions comme celles des crèches et des concerts de Noël sont religieuses par essence, car elles sont associées à la naissance historique de Jésus et au mystère de l’Incarnation.
Il nous faut donc redécouvrir Noël. Cette fête doit évoquer avant tout pour les croyants les traditions religieuses qui célèbrent le mystère bouleversant de Dieu venu vivre parmi nous.

La lumière de Noël, lumière de vie
En revanche, Noël évoque aussi toute une gamme de coutumes très louables associées à cette période de l’année. Ainsi, cette fête célèbre le mystère du don, du partage et de l’accueil, non seulement pour les chrétiens contemplant en Jésus le don du Père, mais aussi pour ceux qui ne partagent pas notre foi.
Noël, c’est le temps des cadeaux, du pardon, des retrouvailles, de la trêve entre les belligérants, de la paix. Une des caractéristiques du temps de Noël, c’est la profusion de lumière qui brille dans l’obscurité, sous forme de bougies, de chandelles ou de guirlandes.
La lumière symbolise la vie, la vérité, le salut, la joie. Dieu est la lumière qui se manifeste en Jésus Christ :
Une lumière qui demeure
Cependant, la lumière de Noël n’est pas seulement celle d’un anniversaire joyeux, mais passager. C’est une réalité de tous les jours. Cette lumière nous éclaire de façon continue pour nous rappeler notre vocation de fils et de filles de Dieu, de frères et de sœurs du Christ.
Elle brille sans cesse sur le monde en attente de son jugement au jour final qui sera l’aube du jour éternel. Certes, la radieuse vision du Sauveur qui nous est donnée ne supprime pas les raisons que nous avons de ressentir la souffrance ou l’angoisse devant le mal toujours grandissant dans notre monde, ou simplement devant les peines et les soucis qui forment la trame de la vie quotidienne.
Toutefois, quels que soient nos chagrins et nos ennuis personnels, si lourds soient-ils, ils ne peuvent faire le poids face à l’événement dont nous faisons mémoire en cette nuit très sainte.
Dieu est venu jusqu’à nous dans la personne de son Fils qui s’appelle maintenant Jésus, c’est-à-dire « Dieu-sauve ». Il s’est fait semblable à nous pour pardonner, pour guérir, pour sauver, pour révéler aux êtres humains qu’ils sont enfants de Dieu.
Avec la venue de Jésus commence une nouvelle ère, voire une nouvelle création; il est le premier-né d’une multitude de frères et de sœurs. Il nous montre ainsi le vrai visage de l’être humain.
Noël, chemin d’espérance
Jésus, Verbe incarné, nous précède ; il a accompli le premier l’itinéraire tracé pour chacun de nous et nous accompagne tout à la fois au long de notre route terrestre. Celui-là même que nous adorons en cette nuit très sainte, sous les traits d’un enfant nouveau-né, c’est lui qui nous accueillera et nous jugera avant de nous introduire auprès de son Père et notre Père.
Joyeux Noël ! Bonne et Sainte Année !
+Émilius Goulet, PSS
Archevêque émérite de Saint-Boniface
