Fête du Saint-Sacrement

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Le 7 juin 2026

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« Ma chair est la vraie nourriture, et mon sang la vraie boisson »

Notre faim matérielle face au besoin d’amour

Nous parlons souvent de nourriture, au moins trois ou quatre fois par jour. Nous manifestons notre satisfaction ou notre mécontentement. Les médias et les réseaux sociaux nous parlent constamment de nourriture en analysant le coût de la vie. Est-il encore possible de vivre aujourd’hui?

Qu’attendons-nous, pour vivre ? Le plus souvent, nous attendons d’avoir. D’avoir de la nourriture, des richesses, et par là, peut-être, d’avoir les autres, d’abuser des autres. Si vous avez ceci ou cela, vous serez heureux, affirme la publicité qui s’étale autour de nous. Mais de tout ceci et de tout cela, nous périssons.

Méditation profonde pour la fête du Corps et du Sang du Christ 2026 (7 juin). Découvrez le sens de l'Eucharistie face à nos faims matérielles et spirituelles.

Car, ce qui fait vivre, c’est d’abord l’amour. Le savent déjà, ces nourrissons qui refusent la nourriture, lorsqu’ils ne se sentent pas accueillis par une personne aimante. Saurons-nous laisser crier en nous cette faim de l’amour? C’est la plus authentique !

Toute la révélation biblique nous interroge sur nos appétits les plus spontanés, pour les remettre en cause. À son sommet, ce sont les paradoxales paroles de Jésus qui nous interrogent : accepterons-nous le pain qu’il nous offre : sa propre vie livrée pour nous? Renonçant aux fausses sécurités de l’avoir, nous ouvrirons-nous à l’appel d’un Dieu qui nous sollicite, pour qu’il puisse venir dans nos vies et vivre en communion d’amour avec nous?

Les textes bibliques de cette liturgie nous proposent une nourriture qui nous interroge sur la nature même de notre faim et de notre soif.

De la manne du désert à la Parole divine

En recomposant, sous forme de testament de Moïse, un nouveau récit de l’Exode, les auteurs du Deutéronome soulignent la portée spirituelle qu’ils ont découverte aux événements qui se sont déroulés au cours de l’histoire et qui ont conduit à l’Exil de Babylone. La manne, cette nourriture qui sauva le peuple hébreu de la famine, devient pain merveilleux donnant de penser à la Parole divine, seule vraie source de vie. Mais Israël s’est montré incapable d’accueillir la richesse qui lui était proposée. Il a succombé à la tentation de biens perçus de façon matérielle.

Le Dieu de l’Écriture veut communiquer et se communiquer. Il le fait de mille manières: elles peuvent se résumer dans l’image de la « parole ». La parole est immatérielle ; appliquée à Dieu, elle a l’avantage de le respecter car, tout comme Dieu, elle ne se voit pas. Le Deutéronome aimerait que tous puissent se nourrir de cette Parole divine, la « manger » comme le suggère l’image de la manne.

« Célèbre ton Dieu… il te rassasie d’un pain de froment, il envoie sa parole sur la terre… », chante le Psaume responsorial. Dieu assure à son peuple abondance et sécurité. Mais son don le plus important, c’est sa Parole. Par elle, il se fait connaître aux siens et les guide sur la route de la vie.

Au bénéfice de toutes les nations, Dieu a créé les éléments (les étoiles, la pluie, la neige …). Mais c’est uniquement et seulement à son peuple qu’il a donné ses lois, ses volontés, sa Parole. Ce psaume dessine l’image d’un Dieu qui prend particulièrement soin de son peuple et le rassasie. Sa Parole est un trésor qui n’est partagé qu’avec ses amis. Et cette Parole est efficace.

L’Eucharistie : le remède chrétien à l’individualisme

Dans la 2e lecture, aux Corinthiens, dont les divisions se manifestent même au cours du repas du Seigneur, saint Paul reproche leur égoïsme. Ils n’ont pas compris le vrai sens de l’institution eucharistique qu’il leur rappelle. Il les invite à l’unité, vrai critère de la qualité de notre communion au Christ. Puisqu’il y a un seul pain, et une seule coupe, celle du sang du Christ, nous devenons un seul corps, l’Église. Selon l’Apôtre, la communion au Corps du Christ nous fait devenir un seul corps. Voilà un antidote radical à l’individualisme ou à l’entre-soi : quand je communie, je suis en communion avec les autres. D’une certaine manière, dans l’Eucharistie, le « Nous » prime sur le « Moi ». C’est cette forme de vie en communion qui nous laisse présager ce qu’est la vie éternelle.

Rencontrer le Ressuscité dans le partage du pain

Dans l’évangile de ce jour, reprenant et amplifiant l’affirmation du Deutéronome, Jésus tente de faire accéder les témoins du miracle des pains partagés à une compréhension plus profonde du don de Dieu. Ce don se manifeste dans une parole, source de vie. Mais il éclate surtout en Jésus lui-même. Recevoir sa chair et boire son sang, c’est vivre pour toujours.

« Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour la vie du monde ». Comment affirmer que Jésus est relevé d’entre les morts, puisqu’on ne le voit pas ? Dans le discours sur le pain de vie, l’évangéliste saint Jean éclaire cette interrogation : quand les disciples du Seigneur se rassemblent pour écouter les paroles de Jésus, pour manger le pain et boire le vin eucharistique, ils rencontrent le Ressuscité, ils vivent de lui, de sa vie. Sa présence devient réelle et agissante.

« Tel est le pain qui est descendu du ciel : il n’est pas comme celui que vois pères ont mangé. Eux, ils sont morts… ». Saint Jean l’évangéliste utilise souvent le malentendu pour faire avancer sa démonstration. Ici les auditeurs comprennent mal les propos de Jésus : « Comment cet homme-là peut-il nous donner sa chair à manger? ». Ce malentendu permet à saint Jean de rappeler que les paroles de Jésus sont à comprendre à un tout autre niveau. La « chair et le sang » renvoient à la personne de Jésus et à sa relation au Père des cieux: « De même que je vis par le Père, de même aussi celui qui me mangera vivra par moi ». Par l’Eucharistie le disciple se relie au Christ et, par lui, au Père.

Méditation profonde pour la fête du Corps et du Sang du Christ 2026 (7 juin). Découvrez le sens de l'Eucharistie face à nos faims matérielles et spirituelles.

Se donner totalement pour vivre de sa vie nouvelle

« Celui qui me mange… vivra par moi ». A chacun de nous, le Christ se donne totalement : tout ce qu’il est, tout ce qu’il a. En donnant sa vie, alors qu’il s’apprête à entrer dans sa Passion, il rend grâce à Dieu, c’est-à-dire qu’il signifie que tout lui a été donné par son Père. Et il nous invite à entrer dans ce mouvement avec lui, un mouvement qui nous décentre de nous-même et nous tourne vers Dieu et vers nos frères et sœurs. « Je suis le Pain de Vie. » Aujourd’hui, dans ce que j’ai à vivre d’heureux ou de difficile, est-ce que je peux rendre grâce à Dieu, c’est-à-dire prendre appui sur lui, reconnaître en lui le Sauveur, comme nous y invite le Deutéronome : « N’oublie pas le Seigneur ton Dieu … ».

L’Eucharistie s’accomplit en mémoire du Seigneur Jésus; elle est le mémorial de son mystère de mort et de Résurrection. Oui, Jésus se donne pour que nous ayons la vie, pour que nous vivions de sa vie nouvelle. Demandons cette grâce de reconnaître et d’accueillir cette vie offerte, pour la partager à notre tour.

Recevoir l’Eucharistie, c’est accepter de remettre en cause nos faims spontanées. Communier en vérité, c’est consentir à réorienter notre vie en fonction des biens essentiels, du seul bien essentiel : l’amour de Dieu. Nos appétits les plus spontanés doivent cesser de dominer notre vie. Nous ne saurions participer vraiment au Christ si nous n’acceptons pas de changer nos vues de la réussite, de la sécurité, de la possession et de la domination.

Seigneur Jésus, tu veux que nous te mangions et que nous te buvions, pour que nous ayons ta vie en nous et que nous ne soyons plus tournés vers la mort d’un jour, mais vers la communion avec toi et le Père, tous les jours et pour toujours. Comment nous arrive ce bonheur si grand et sans mérite ? Mon désir en est blessé à vie. Le cheminement vers la vie éternelle est déjà commencé.

Amen!

+Émilius Goulet, PSS
Archevêque émérite de Saint-Boniface

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