4eme dimanche de Carême A

Le 15 mars 2026

La source divine de la véritable lumière

« Maintenant, dans le Seigneur, vous êtes lumière; conduisez-vous comme des enfants de lumière »

Une vraie lumière ! C’est ainsi que l’on qualifie souvent des gens renommés pour leur science ou pour leur habileté à conduire les autres. Mais, dans la perspective chrétienne, du point de vue de la révélation biblique, la lumière ne jaillit pas toujours là où les êtres humains croient la déceler. Elle n’apparaît vraiment que là où brillent ces vraies valeurs que sont la foi et l’amour.

La source divine de la véritable lumière 4e dimanche de Carême A

Elle n’est liée à aucun savoir ni à aucun pouvoir humains. Sa source est en Dieu. C’est pourquoi ceux qui se prétendent puissants et sages l’ignorent. Ceux-ci ne sont que des aveugles, inconscients de leur pauvreté, de leurs limites humaines. Elle peut au contraire jaillir soudain en ceux que l’on méconnait ou même méprise.

Conscient de la nature si particulière de cette lumière, aussi bien que de son propre aveuglement, le croyant ne peut que demander au Seigneur de l’éclairer. La réponse du Seigneur, c’est la grâce sanctifiante de notre baptême par laquelle il nous a fait entrer dans le nouvel ordre des « réalités d’en haut » (Col 3,1). C’est le don de l’Esprit, qui ne demande qu’à prendre de plus en plus de place dans nos vies. Démuni et aveugle, le chrétien, par le baptême, devient lumière.

Le regard de Dieu : l’élection de David

Les textes bibliques de cette liturgie nous renvoient à notre baptême, où nous avons été illuminés et sommes devenus enfants de Dieu; ainsi, ils nous invitent à vivre notre mission chrétienne avec le regard même de Dieu sur les personnes et les évènements.

L’illumination, nom donné au baptême au début de l’Église et encore aujourd’hui dans les liturgies orientales, se diffracte avec toute sa richesse dans les textes de la messe de ce jour. Dans la 1re lecture, il est dit que Dieu n’a pas la même manière de regarder et de juger que nous. Il va chercher le petit dernier des fils de Jessé pour qu’il soit le berger d’Israël et l’ancêtre du Messie. Vivre en baptisé, c’est changer son regard pour regarder avec les yeux de Dieu.

Pour faire leurs choix, les personnes humaines regardent l’apparence, mais le Seigneur regarde le cœur. Saül, le premier roi d’Israël, s’est laissé griser par son pouvoir. Il est rejeté par Dieu et mourra dans la folie. Celui qui le remplacera, c’est le dernier rejeton de la famille de Jessé, celui dont on ne tenait pas compte. Oint par Samuel, pénétré par l’Esprit, il deviendra la lumière de son peuple. C’est à lui qu’on se référera, lorsqu’on cherchera à se figurer le Messie de Dieu, venant restaurer le Royaume. On attendra un nouveau David.

Le Seigneur est mon berger : confiance et action de grâce

Le Psaume responsorial chante que la vraie force vient de la confiance mise dans le Seigneur. Lui seul est le véritable berger, capable de guider l’être humain vers la vie. C’est en lui que ses fidèles trouvent grâce et bonheur. Ce Psaume 22 était chanté dans l’Église primitive par les baptisés de la nuit pascale sortant de la cuve «aux eaux tranquilles » pour accéder à la table de l’Eucharistie où « la coupe est débordante ». Rendons grâce, nous aussi, pour tant de grâces.

S’éveiller d’entre les morts par le Christ

Dans la 2e lecture, saint Paul enseigne que notre baptême dans l’Esprit Saint nous permet d’accéder à la lumière divine, c’est-à-dire à Jésus lui-même, qui nous éveille et guide nos pas. Nous entendons ici l’une des premières formules baptismales chantées par les chrétiens : « Réveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d’entre les morts, et le Christ t’illuminera. »

Pénétré par l’Esprit, le chrétien est un être illuminé. Voyant clair, il sait déceler les vraies valeurs, celles qui répondent au désir du Seigneur. Il est aussi capable de démasquer le mensonge du monde. C’est un être éveillé de la mort, par Jésus Christ, qui lui a communiqué sa lumière.

L’aveugle-né : un cheminement vers la foi

L’évangile de cette liturgie est un magnifique récit typiquement johannique; il appartient à l’évangile spirituel; il induit une lecture à deux niveaux; il a traversé les siècles par sa capacité à énoncer l’expérience pascale des chrétiens. Dans ce texte, qui symbolise l’histoire d’une humanité aveugle, saint Jean campe toutes les attitudes que peuvent prendre les êtres humains, face à Jésus.

Il y a celui qui se sait aveugle, et qui aspire à la guérison : il accèdera à la plénitude de la lumière, par la foi. Il y a ceux qui se désintéressent de la guérison, parce qu’ils ne veulent d’histoire avec personne. Il y a ceux qui se croient lucides, alors qu’ils n’ont fait qu’utiliser la révélation pour renforcer leur aveuglement. Ceux-ci croient pouvoir juger le mendiant guéri, et ils rejettent Jésus. Ils se condamnent à une cécité définitive. Ni les badauds, ni les parents de l’aveugle-né, ni les pharisiens n’aboutissent à la foi en Jésus; car pour croire, il faut se compromettre.

La source divine de la véritable lumière 4e dimanche de Carême A

La manifestation de l’amour miséricordieux

Beaucoup pensaient dans l’Antiquité qu’il y avait un lien étroit entre le péché et l’infirmité physique. Jésus se libère de ces croyances et donne la vue à l’aveugle-né. Il lui offre par cette guérison le signe qui lui permettra d’accéder à la véritable lumière qu’il est lui-même pour le monde. Son geste de solidarité devient signe de la manifestation de l’amour miséricordieux de Dieu, reflet authentique de sa gloire. La conversion demandée à chacun est de reconnaître son aveuglement pour recevoir la guérison. Ceux qui se fondent avec suffisance sur ce qu’ils ont déjà ne peuvent pas donner leur foi à Jésus qui seul peut leur donner la lumière.

Méditation de Saint Ambroise sur le mystère de Siloé

Voici comment saint Ambroise de Milan présente ce texte dans ses réflexions sur le baptême :

« Remarquez tout à la fois [l]a divinité et [l]a vertu sanctifiante [de Jésus]. Étant la lumière, il a touché l’aveugle et il l’a éclairé. Étant prêtre, il a réalisé sous le signe du baptême, les mystères de la grâce spirituelle. »

« Qu’il ait fait de la boue et qu’il en ait enduit les yeux de l’aveugle, cela ne signifie rien d’autre que ceci: avec la boue qu’il lui applique, il a rendu la santé à ce même homme qu’il avait façonné avec de la boue (cf. Gn 2, 7). Cela signifie aussi que notre chair tirée de la boue reçoit la lumière de la vie éternelle par les mystères du baptême. Toi aussi, approche-toi de Siloé, c’est-à-dire de celui qui est l’Envoyé du Père, puisque tu connais cette parole : « Ma doctrine n’est pas la mienne, mais la doctrine de celui qui m’a envoyé » (Jn 7, 17). Que le Christ te lave, pour que tu voies. Viens au baptême, c’est justement l’époque ; viens vite, afin de pouvoir dire, toi aussi : Je suis allé, je me suis lavé, et j’ai vu; et pour que tu dises, toi aussi : J’étais aveugle et j’ai vu… »

Dimanche du Laetare : de la peur à l’espérance

« Dans le Seigneur, vous êtes lumière. Conduisez-vous comme des enfants de lumière. » Saint Paul nous invite à une prise de conscience. La vie dans le Christ nous fait passer des ténèbres à la lumière, de la mort à la vie. Pourtant, ne nous arrive-t-il pas de rester dans le noir, de ne plus rien voir que ce qui nous emprisonne, nous tient dans la peur et nous fait mal ?

La main de Jésus vient se poser sur nos paupières appesanties et nous envoie nous laver pour que nos yeux s’ouvrent. Prenons le temps de nous approcher de Jésus, de nous laisser éclairer, de nous laisser toucher par sa Parole. Prenons le temps de réentendre la promesse d’alliance qui nous fait passer de la peur à l’espérance et nous invite à ouvrir nos fenêtres. C’est alors que nous verrons peut-être les petits signes qui jalonnent nos routes : un sourire, une parole, un geste fraternel, etc. Voilà les petits ou grands événements, les personnes que Dieu nous donne aujourd’hui de regarder à sa manière et qui peuvent illuminer notre horizon.

En ce dimanche, dit du « Laetare », le violet de la liturgie se teinte de rose, pour ranimer, si nécessaire notre courage et notre espérance. Alors, dans la lumière du Christ, nous pourrons discerner comment laisser converger nos chemins vers Pâques.

L’Eucharistie : guérir notre aveuglement

L’Eucharistie, c’est un mystère qui appelle la guérison de notre aveuglement. Voir par la foi, telle est la condition fondamentale, pour que notre Eucharistie prenne sens. Car, comme les Pharisiens, nous pouvons utiliser une réalité sainte pour nous donner bonne conscience en nous posant comme lumière des autres. Aveugles, nous détournons alors le don de Dieu à notre profit et nous méconnaissons sa grâce. Nous pouvons au contraire y reconnaître un humble signe nous sollicitant à entrer dans une réalité d’amour. Alors Dieu pourra faire briller en nous sa lumière.

Amen!

+Émilius Goulet, PSS
Archevêque émérite de Saint-Boniface

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