3eme dimanche de Carême

Le 8 mars 2026

« Donne-nous de l’eau à boire ! » (Ex 17,2)
« Donne-moi à boire ! » (Jn 4,7)

L’eau, c’est une réalité essentielle pour l’être humain. Cet élément, apparemment le plus banal, le plus courant est un des plus précieux. Même dans des pays comme le nôtre où elle semble abonder, on en redécouvre la valeur. On la purifie, on la protège, on la met en bouteille. Rien d’étonnant qu’elle ait pris valeur symbolique dans toutes les religions du monde: l’eau, c’est la vie du corps appelant la vie de l’esprit.

3e Dimanche de Carême A : La Samaritaine et la Source de Vie Éternelle

Le symbolisme de l’eau dans l’histoire du salut

A travers un certain nombre d’événements de l’histoire du salut, ce symbolisme s’est enrichi. L’eau, c’est le Mer Rouge dont la traversée assura la libération du peuple hébreu. C’est la source qui lui permit d’échapper à la mort dans le désert. C’est le Jourdain, dont la traversée permet l’entrée en Terre promise et où fut guéri le général syrien Naaman, lépreux venu implorer la guérison auprès du Dieu d’Israël. C’est toujours un signe d’amour et de bienveillance du Seigneur.

Les textes bibliques de cette liturgie nous montrent que l’eau est signe de vie, de libération et de passage à un monde nouveau, à une vie éternelle.

Massa et Meriba : l’épreuve du manque de confiance

« Donne-nous de l’eau à boire ! » (Ex 17,2), récrimine le peuple hébreu contre Moise, et plus encore contre Dieu. Les compagnons de Moïse ont la mémoire courte. Ils viennent d’être délivrés de l’esclavage d’Égypte et, à la première difficulté venue, ils oublient et les voici en train de « récriminer » contre leur sauveur.

« Massa et Meriba », deux lieux dont il serait bien difficile de chercher la position géographique exacte. Ils sont plutôt le symbole de toute révolte contre Dieu; ils signifient « épreuve » et « querelle ». En effet, sur la route de la Terre promise, le peuple hébreu a cru sa fin arrivée. Tenaillé par la soif, il a alors douté de Dieu. Guidé par le Seigneur, Moïse a bien découvert la source inespérée. Mais, dans la suite des temps, celle-ci est restée le symbole du manque de confiance d’Israël en son Dieu, l’allié qui, pourtant, habite au milieu de lui.

Le Psaume 94 : écouter la Parole au désert

« Aujourd’hui, écouterez-vous sa parole ? », nous dit le Psaume responsorial. Ce psaume 94 fait explicitement mention de cette révolte contre Dieu : « Ne fermez pas votre cœur comme au désert, où vos pères m’ont tenté et provoqué … et pourtant ils avaient vu mon exploit ». Au moment où la procession entrait dans le sanctuaire de Jérusalem, le peuple chantait ce psaume rappelant les hauts faits de Dieu en faveur des siens, lorsque ceux-ci montaient vers la Terre promise. Ils y rappelaient la nécessité de faire totalement confiance au Seigneur, source de salut. En route vers le Royaume, nous pouvons chanter ce psaume en bénissant celui qui nous entraîne vers son Père.

Le don de l’Esprit : la justice gratuite de Dieu

Dans la deuxième lecture, saint Paul développe à nouveau sa conviction première. Dieu seul « justifie » ; il donne de pouvoir être relié à lui. Les êtres humains depuis Adam ont dévié, s’égarant et s’écartant du Dieu juste. La réconciliation s’est réalisée en Jésus. Cette justice de Dieu ne s’obtient donc pas par les efforts faits pour l’obtenir. Tout marchandage est exclu ! En effet, la force et la paix des disciples du Christ viennent de ce qu’ils n’ont pas à peiner pour obtenir l’accès au « monde de la grâce », au monde divin.

Cela leur est donné gratuitement par Dieu. L’Apôtre décrit donc le renouvellement apporté à l’être humain par le don de l’Esprit. Pénétré de celui-ci, le croyant découvre un univers de grâce en lequel se manifeste la gloire divine. Il peut vivre dans l’espérance. Un peu plus loin, l’Apôtre reprendra la même argumentation en parlant du baptême. Il maintient ainsi l’association, affirmée dans toute l’Écriture et dans l’Évangile, entre l’eau et l’Esprit. Celui-ci est la vraie source de vie.

3e Dimanche de Carême A : La Samaritaine et la Source de Vie Éternelle

Le dialogue avec la Samaritaine : de la soif du corps à la soif de l’âme

Dans l’Évangile de ce jour, à travers le récit d’une simple conversation autour d’un puits, saint Jean nous montre ce que peut être l’ouverture progressive d’une Samaritaine à la foi. C’est une scène vivante, dialoguée, entre Jésus et une femme dont on ignore le nom. Étant de Samarie, elle est pour les Juifs étrangère, différente, ignorée. Pas pour Jésus qui vit une scène d’intimité rare dans l’Évangile : à part Marie Madeleine dans le jardin de la Résurrection, Jésus n’est jamais seul avec une femme. En sollicitant celle-ci, méprisée de ses compatriotes, Jésus suscite tout d’abord l’étonnement. Puis, en l’amenant à réfléchir à sa vie, il l’éveille à une perception renouvelée de ses besoins profonds. Elle peut alors reconnaître en lui la vraie source de vie. Jésus a répondu à sa mission; il a accompli la volonté divine, faire vivre un monde qui attend le salut.

Le texte, typiquement johannique, utilise le procédé du « malentendu », pour faire progresser la réflexion; en effet, il induit une lecture à deux niveaux : comme il y a deux eaux, celle qui étanche pour un temps la soif du corps et celle qui étanche pour toujours la soif de l’âme, il y a deux types de nourriture, la nourriture terrestre que rapportent les disciples et la nourriture de Jésus qui est de faire la volonté du Père. De même, la Samaritaine est à la fois cette villageoise volage, peinte avec pittoresque, et l’âme de tout catéchumène, homme ou femme, qui rencontre fortuitement Jésus dans les actions les plus banales et les plus fondamentales de sa vie quotidienne comme chercher de l’eau. C’est aussi chacun d’entre nous qui cherchons en Jésus l’eau jaillissante de la vie éternelle. C’est l’humanité, enfin, en quête d’une vie qui ne finira pas.

Devenir porteurs d’Évangile au quotidien

Il faut noter que Jésus prend l’initiative : « Donne-moi à boire », dit-il. Le dialogue entre la femme et Jésus trace un chemin de vérité. Qui est cette femme aux cinq maris ? Qui est Jésus ? La révélation est progressive. Jésus se révèle comme celui qui peut donner l’eau vive qui jaillit en vie éternelle ; il est « prophète », « Messie », « sauveur du monde ». Sa nourriture est de faire la volonté de son Père. Au terme de la rencontre, la femme court rencontrer les gens de la ville. Elle est devenue missionnaire; porteuse d’eau, elle est devenue porteuse d’Évangile.

Cette scène peut être l’occasion pour nous de nous demander quelle est notre propre soif, quelles sont les soifs que nous percevons autour de nous, dans le monde, quelle est notre nourriture, quelles sont nos rencontres et leur portée. Le regretté Pape François nous a rappelé que la première annonce de l’Évangile ne se fait pas par de longs discours, mais à travers la rencontre concrète, la conversation et le partage avec les personnes croisées au quotidienne.

Méditation d’Origène sur les puits de l’Écriture

Les puits et l’eau occupent une place importante dans l’histoire du salut; ils sont signes de vie et points de rencontre. A la suite, ce texte d’Origène nous invite à réfléchi :

« Pars de ces puits, parcours toute l’Écriture en y cherchant les puits et arrive aux Évangiles. Tu y trouveras le puits sur le bord duquel notre Sauveur était assis et se reposait après la fatigue du voyage (cf. Jn 4,6). Survint une femme de Samarie qui voulait tirer l’eau du puits. Et voilà l’occasion d’expliquer, dans les Écritures, la vertu d’un ou de plusieurs puits, et de comparer les eaux où se déploient les secrets du mystère divin ».

« Car l’Écriture dit : « Si quelqu’un boit de ces eaux celles du puits terrestre, il aura encore soif; mais celui qui boira des eaux que donne [Jésus], celui-là aura en lui une source d’eau jaillissant pour la vie éternelle » (Jn 4, 13-14). Dans un autre passage de l’Évangile il ne s’agit plus de source ni de puits, mais d’une manière plus large il est dit: « Celui qui croit en [lui], des fleuves d’eau vive, comme dit l’Écriture, jailliront de son sein » (Jn 7, 37) … Ainsi, il faut prendre le Verbe de Dieu comme un puits, s’il cache un profond mystère, ou comme une source, si elle déborde et s’écoule en faveur des peuples. »

3e Dimanche de Carême A : La Samaritaine et la Source de Vie Éternelle

L’Eucharistie : source jaillissante et culte en vérité

Sur notre route, Jésus se propose comme eau. Car c’est en lui que le Père manifeste pleinement son amour. Cette eau est imputrescible. Elle ne saurait s’épuiser. Elle continue à couler de la Croix. Pour ceux qui savent la découvrir, elle est source jaillissant en vie éternelle. Sur la route du Royaume, venons nous baigner en elle par le baptême. Abreuvons-nous à elle, chaque fois que nous nous approchons de Jésus s’offrant dans l’Eucharistie.

L’Eucharistie, c’est le culte en esprit et en vérité « L’heure vient – et c’est maintenant -où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité. » Baptisés dans le Christ, abreuvés par son Esprit, nous sommes appelés à lui rendre un hommage qui relativise tout ce que le culte peut encore garder d’extérieur. Cet hommage, c’est celui d’une humanité unifiée, portant enfin son fruit. Composée de grains auparavant dispersés, cette humanité devient alors pain d’action de grâce, Eucharistie.

Amen!

+Émilius Goulet, PSS
Archevêque émérite de Saint-Boniface

Si vous avez aimé ce contenu, partagez-le !