4e dimanche de Pâques A
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Le 26 avril 2026
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Jésus, le Bon Pasteur et la Porte de la Vie
« Celui qui entre par la porte, c’est le pasteur, le berger de brebis. »
Leader incontournable, chef valable et indispensable, voire irremplaçable ! Que de personnes ont prétendu l’être au cours des siècles de l’histoire humaine. Elles ont parfois séduit des populations entières. Pourtant, l’élan qu’elles ont suscité a vite conduit à la désillusion, parfois à la catastrophe. Rien d’étonnant qu’en avançant dans la vie tant de gens mettent en doute toutes les autorités ! « Des arrivistes, assoiffés de pouvoir », déclarent-ils à propos de ceux en qui ils avaient mis leur confiance. « Des voleurs et des brigands », commente Jésus. De la foule, ils ont fait un troupeau bêlant conduit à l’abattoir.
Jésus, lui, se veut « berger ». Titre sans ambition, mais qui exprime sa volonté de service. Il est celui qui soigne, qui protège, qui conduit. Rien du maître qui exploite son troupeau. Dans un monde où les césars et les rois tentent spontanément d’assurer leur pouvoir, Jésus a renoncé à sa propre vie, pour que les siens vivent. Il est vraiment l’envoyé « providentiel » du Père, celui autour duquel il devient possible de s’unir. Avec lui, l’humanité cesse d’être troupeau constitué de « brebis errantes ». Elle peut enfin naître comme peuple du Seigneur.
L’Appel à la conversion et la promesse divine
Les textes bibliques de cette liturgie décrivent le leadership de Jésus, celui du service, du don de soi jusqu’au bout, et nous invitent à marcher à sa suite pour le service de nos frères et sœurs, trop souvent « errants comme des brebis perdues. »
Dans la première lecture, nous voyons qu’à l’appel de l’apôtre Pierre, des Juifs se convertissent et se font baptiser au nom de Jésus. Le peuple de Dieu, destiné à rassembler ceux qui sont loin aussi bien que ceux qui sont proches, commence à naître, sous la mouvance de l’Esprit. Tous ceux qui sont ouverts à la vérité se précipitent sur la route du salut.
Devant le Christ ressuscité, nous aussi, nous devons nous demander : « que devons-nous faire ? » et accepter de nous entendre appeler à la conversion. Saint Luc souligne fortement que les disciples ont un travail à « faire ». Ils ont à faire connaître, et même auprès de ceux qui sont loin, la réalisation de la promesse divine : Dieu est présent au milieu de son peuple en la personne de Jésus ressuscité.
Le Seigneur est mon Berger : Sécurité et Abondance
« Le Seigneur est mon berger : rien ne saurait me manquer », chante le Psaume responsorial. Le bon berger : image spontanément utilisée par des gens à tradition pastorale pour chanter Dieu et ceux à travers lesquels il agit. Là où est ce berger règnent la sécurité et l’abondance.
Le Seigneur conduit son peuple et le protège. Mais se laisser mener par Dieu ne se réalise pas à n’importe quelle condition. Dieu emprunte le « juste » chemin ; son Nom ne peut être associé à l’injustice. Ce psaume fait penser à l’Exode. Le peuple hébreu lors de la sortie d’Égypte passe les ravins de la mort.
Dans sa première lettre, pour présenter Jésus à ses auditeurs, saint Pierre cite le texte d’Isaïe où le Messie à venir est comparé à l’agneau mené à la boucherie. Il souligne ainsi le cœur du paradoxe chrétien, celui qu’il avait si longtemps refusé d’admettre : le maître du troupeau s’est fait victime. De la mort, reçue avec amour, a jailli la vie. Maintenant tous ceux qui croient forment le peuple de Dieu, uni autour de son véritable berger.
Les destinataires de la lettre de saint Pierre connaissent la persécution : « Si l’on vous fait souffrir ». L’exemple de Jésus leur est donné pour les exhorter à tenir bon. Une fois encore, la lettre s’arrête pour contempler Jésus. Innocent et souffrant, il a donné sa vie et a fait confiance jusqu’au bout « à Celui qui juge avec justice ». C’est par le don de sa vie que Jésus apporte à tous la guérison.
Jésus, la Porte unique vers la Liberté
Au moment de l’exil à Babylone, le prophète Ézéchiel avait dénoncé les mauvais bergers d’Israël, ces chefs qui avaient fourvoyé le peuple. Reprenant cette image, toujours familière en un pays à tradition pastorale, Jésus dans l’évangile de saint Jean se présente comme le bon pasteur qu’avait finalement annoncé le prophète. Il se dit aussi la porte, point de passage vers la vie et la liberté, protection contre les intrusions de l’ennemi.
Nous nous demandons parfois qui est Dieu. Les métaphysiciens ont des réponses théoriques, plus ou moins convaincantes. L’Évangile présente surtout des images et des actes significatifs. Ainsi, il y a l’image du berger, du pasteur, image qui a donné son nom à ce quatrième dimanche de Pâques, le dimanche du Bon Pasteur ; il y a aussi l’image de la porte.
Ce sont donc deux images ou paraboles qui viennent se renforcer l’une l’autre. La première : Jésus est comme le vrai berger. La seconde : Jésus est comme la porte de la bergerie. La première redit que Jésus est sauveur ; il conduit ceux qui le reconnaissent. La seconde souligne qu’il est même le seul passage vers la vie de Dieu. Il est donc l’unique sauveur. Les deux paraboles servent ou expriment la foi de Pâques.
Une relation personnelle et une vie en abondance
Ce berger « appelle ses brebis chacune par son nom ». Jésus révèle comment Dieu considère l’être humain : non pas comme un numéro sur une carte d’identité, ou un matricule, mais comme une personne, et une personne unique. Aux yeux de Dieu, chacun d’entre nous est irremplaçable.
Ce berger est le seul que les brebis écoutent, elles connaissent sa voix. Si elles écoutent la voix des inconnus, elles courent à leur perte. À l’inverse, si nous écoutons Jésus, c’est parce qu’il nous connaît intimement et que nous le connaissons. Et nous reconnaissons en lui celui qui nous donne la vie, sa vie. Il est aussi comme une porte donnant accès à un lieu où il rassemble le troupeau de ses brebis.
Puis il les en fait sortir pour les mener au pâturage, à la nourriture qui fait vivre. Car il déclare : « Moi, je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance. » De quelle vie s’agit-il ? Non pas la vie biologique, que nous avons déjà reçue par l’action du Créateur, mais la vie radicalement nouvelle, la vie dans l’Esprit Saint, qu’on ne peut recevoir que par l’action du Sauveur ressuscité. Ce qui se fera normalement par le baptême dans l’eau et l’Esprit.
Comme le dit l’apôtre Pierre, le jour de la Pentecôte : « Convertissez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus Christ pour le pardon de ses péchés ; vous recevrez alors le don du Saint-Esprit. »
Jésus est le Sauveur : personne ne peut prétendre avoir accès au Royaume sans passer par lui ; personne ne va vers le Père sans passer par son Fils. Par ces paroles fortes, Jésus nous invite à faire nôtre son existence de Fils : une existence offerte à tous, dans le don et l’humilité. Il nous offre une vie en plénitude à sa suite. Demandons au Seigneur la grâce de le reconnaître comme le bon berger et la vraie porte, lui qui s’est livré pour que nous ayons la vie en abondance.
Prière et Action de Grâce
Nous pouvons faire nôtre cette hymne que nous prions à l’Office divin :
« Berger puissant qui nous conduit,
Tu nous as fait pour ta lumière,
Et par-delà ce jour trop bref
Tu nous emmènes vers ta gloire.
À travers l’œuvre de nos mains
Nos cœurs déjà te reconnaissent,
Mais le désir de ton amour
Toujours plus loin poursuit sa quête.
Nous voulons voir à découvert
L’éclat radieux de ton visage,
Dans l’aujourd’hui de ton appel
Prépare en nous le face à face. »
(CFC, Sr Marie-Pierre Faure, CNPL)

L’Eucharistie, c’est le geste par lequel notre berger ne cesse de nous rassembler. « Dans son corps, il a porté nos péchés sur le bois de la croix, afin que nous puissions mourir à nos péchés et vivre dans la justice … C’est par ses blessures que nous avons été guéris. » Nous n’en aurons jamais fini de découvrir toute la portée du sacrifice du Christ se donnant pour nous et nous entraînant vers la vie. C’est pourquoi nous devons sans cesse participer à l’Eucharistie. Celle-ci nous rend présent au mystère pascal du Seigneur, pour que nous fassions nôtre cet événement fondamental de notre salut.
Amen !
+Émilius Goulet, PSS
Archevêque émérite de Saint-Boniface
