Le 5 octobre 2025
La foi chrétienne est le fondement de toute vie spirituelle. Même petite comme un grain de moutarde, elle est capable de transformer le monde et de donner à l’homme la force d’avancer avec confiance. Cette méditation nous invite à réfléchir sur la fidélité, l’humilité et la puissance de la foi à travers la Parole de Dieu et l’Eucharistie.
La fidélité du juste face aux épreuves
« Celui qui est insolent n’a pas l’âme droite, mais le juste vivra par sa fidélité ».
La vie de celui qui s’est vraiment mis au service de l’Évangile est tissée de sentiments contradictoires. Parfois, c’est l’écrasement : partout, le mal triomphe; l’humanité paraît impossible à soulever! Mais soudain, c’est aussi l’expérience brûlante de la puissance de la foi. Là où rien ne semblait pousser, c’est soudain la vie, l’amour, la rencontre.
C’est alors qu’il devient possible de comprendre les si paradoxales paroles de Jésus : « la foi soulève les montagnes ». Cette prise de conscience, si elle est authentique, ne peut susciter en nous que l’humilité et l’action de grâce. La force de la foi ne vient pas de nous, mais du Seigneur. C’est lui seul qui, en nous éclairant, nous rend forts. Comme Marie, nous pouvons nous exclamer : « Le puissant fit pour moi des merveilles ».
Le témoignage d’Habacuc : foi et espérance
En nous donnant la foi, le Seigneur nous a choisis pour servir en sa présence. C’est la foi des simples serviteurs qui accomplissent leur devoir qui est mise en évidence dans les textes bibliques de cette liturgie. Probablement au début du VIe siècle av. J.-C., le prophète Habacuc engage un débat avec Dieu. L’ennemi (Les Chaldéens?) l’emporte sur Israël. Bien sûr, Israël est coupable! Mais les ennemis ne sont pas meilleurs, bien au contraire. Ils ne sont en rien du côté de Dieu. Leur punition du méchant viendra. Pour le moment, ce que Dieu attend du juste, c’est qu’il soit fidèle : c’est pour porter ce témoignage qu’il a été élu.
Le silence apparent de Dieu et la confiance
Notre temps pourrait assurément reprendre les plaintes d’Habacuc. Devant les oppressions, les violences, les catastrophes, les malheurs, Dieu semble rester obstinément muet, spectateur! Tout un athéisme s’est développé à partir de ce silence, de cette absence, alors que le mal et l’injustice font des ravages, s’attaquent aux innocents comme aux coupables. Où est Dieu alors que la violence règne? Comme une idole, insensible, il ne fait rien! Ne voit-il rien? Est-il sourd aux cris de justes? Qu’en pense le prophète; que « voit-il? » Pour Habacuc, le Dieu de l’Alliance est sauveur et il l’a montré jadis en délivrant son peuple. Sans révolte, humblement il « voit » que Dieu va sauver. Quand? Il l’ignore.

En effet, le prophète, lui, ne peut se résoudre à cette fatalité. Alors que devant lui, « pillage, et violence, dispute et discorde se déchaînent », Lui, guette ce que dira le Seigneur. Il reçoit alors l’ordre d’écrire, bien clairement, le message d’espérance perçu au cours d’une vision. Non, Dieu n’est pas absent. Sa fidélité ne décevra pas. Aussi le Psaume 94, qui nous sert aujourd’hui de Psaume responsorial, reste-t-il à la joie et à la louange. « Oui, il est notre Dieu; nous sommes le peuple qu’il conduit »; n’allons surtout pas fermer notre cœur à l’espérance. Au moment où la procession entre dans le sanctuaire, le psalmiste rappelle la tentation à laquelle succomba son peuple, au cours de la marche vers la Terre promise. Il importe maintenant de la repousser et de servir le Seigneur dans la sainteté.
L’exemple de saint Paul : un esprit de force et d’amour
Dans notre 2e lecture, alors qu’il approche du terme d’une vie d’épreuves saint Paul rappelle à son disciple la nature du dynamisme que l’animait. Ce n’était en rien une peur craintive. C’était un esprit de force et d’amour, né de la découverte de la Bonne Nouvelle de l’amour de Dieu, manifesté en Jésus-Christ. Cela a rendu l’Apôtre capable de résister à l’opposition de bien des groupes, y compris celle de ses frères de race.
Dans les décennies qui ont suivi Pâques, les disciples du Ressuscité s’organisent en vue d’assurer la vie communautaire et la mission. Les difficultés sont nombreuses. La deuxième lettre à Timothée fait percevoir les préoccupations d’un responsable pour assurer dans de bonnes conditions sa succession et pour définir des critères de l’exercice du service ecclésial.
La foi, puissance qui bouleverse le monde
L’évangile de ce jour nous enseigne que la foi véritable est capable de bouleverser le monde, en renversant le cours naturel des choses. Mais cette foi ne saurait être assimilée à une puissance humaine dont nous pourrions nous glorifier devant Dieu. En accomplissant l’œuvre de celui-ci, nous ne faisons que répondre à notre vocation de serviteur.
« Seigneur : Augmente notre foi! », demandent les Apôtres à Jésus. « Si vous aviez de la foi, gros comme un grain de moutarde… », répond le Seigneur. En réalité, la foi ne peut être « augmentée ». Elle est ou elle n’est pas. La foi est puissante même si elle donne l’impression d’être minuscule comme la graine de moutarde. Transplanter un grand arbre dans la mer est une impossibilité. La foi, elle, rend possible l’impossible, car elle vient de Dieu. La foi au Christ est la force des chrétiens, leur immense force.
Une graine de moutarde est quasiment microscopique, trop négligeable pour être remarquée. Elle n’est rien à côté d’un grand arbre. Lorsqu’il s’agit de la foi, de la confiance en Dieu, la trace la plus légère recèle une force immense capable de réaliser l’impossible. L’évangéliste, avec cette courte parabole, transmet sa conviction profonde : seule la foi constitue le disciple. Grâce à la foi au Seigneur, les chrétiens gardent courage.
La parabole du serviteur et l’humilité chrétienne
« Quand vous aurez exécuté tout ce qui vous a été ordonné, dites : Nous sommes de simples serviteurs, nous n’avons fait que notre devoir ». Saint Luc combat la tendance qui consiste, chez des chrétiens, à penser que Dieu se doit de les récompenser à cause de leurs belles et bonnes actions. Non. Les relations avec Dieu ne sont pas réglées par « donnant-donnant ». Dieu ne doit rien à personne. Il aime et donne son salut pleinement et gratuitement. Avec Pâques, cette parabole du serviteur fait penser à Jésus qui a toujours donné sa confiance à son Père. Lui, le Seigneur, s’est fait le serviteur de tous sans calcul aucun.
La foi vécue dans le quotidien
La foi est le principe fondamental de toute vie chrétienne. La foi accomplit des miracles certes, mais Jésus nous invite essentiellement à nous tenir dans la vie en simple serviteurs. C’est le vrai miracle, celui d’une vie de foi dans l’ordinaire des événements, des rencontres, des réalités que nous éprouvons. Nous sommes alors appelés à agir avec une âme droite, un esprit d’amour et de pondération, à servir en ayant conscience que nous n’avons fait que notre devoir. C’est notre simple existence qui est, par la foi, rendue capable de changer le cours des choses.
Le chrétien n’est pas en dehors du monde, il porte en revanche sur ce monde, et ses trop nombreuses atrocités, un regard de foi. Nous constatons si souvent le mal, la misère, la dispute et la discorde se déchaîner sans voir le salut de Dieu s’accomplir. Pourtant par la foi, même petite mais chevillée en nous, tout peut changer. La confiance, au-delà de ce qui nous fait peur, fait franchir des murailles d’incompréhension. La fidélité, ne serait-ce qu’avec nos proches, dans le couple des époux, dans la vie sociale, politique et économique transforme les relations humaines. La foi, y compris dans la part des souffrances liée à la proclamation de l’Évangile, dissipe le mensonge du monde. Tout cela passe par l’ouverture du cœur et toute chose se vit dans l’humble action du serviteur.
L’Eucharistie : action de grâce et service
L’Eucharistie, c’est une action de grâce au Seigneur « qui nous a choisis pour le servir en sa présence ». « Nous te rendons grâce, car tu nous as choisis pour servir en ta présence », disons-nous dans la prière eucharistique II. Sans doute y a-t-il des jours où ce service nous paraît écrasant. Mais, en l’accomplissant nous pouvons aussi découvrir la force de renouvellement qu’il suscite en nous et autour de nous. Nous pouvons alors comprendre ce que fut la « passion » du Christ (au double sens d’élan passionné et de souffrance). Avec lui, nous pouvons dire merci (en grec : eucharisto).

La foi qui transforme
La foi chrétienne n’est pas une force humaine, mais un don de Dieu. Même minuscule comme un grain de moutarde, elle est capable de réaliser l’impossible, de renouveler les relations humaines et de donner sens aux épreuves.
À travers l’Eucharistie, l’humilité et le service, chaque croyant est appelé à être un témoin de l’espérance, vivant sa foi dans l’ordinaire des jours.
Amen!🙏
Par Monseigneur Émilius Goulet, PSS
Archevêque émérite de St Boniface
