Le sermon sur la montagne dans l’évangile de Saint Matthieu, que nous entendons depuis trois dimanches, n’est pas un texte facile à entendre. Il s’agit d’une parole dure et pénétrante qui touche le cœur de chacun. Il est bon de réentendre la radicalité du langage évangélique et de prendre conscience de ce que signifie suivre le Christ.
Est-ce là la nouveauté que nous apporte Jésus ? En fait, Jésus ne fait que reprendre une ancienne leçon contenue dans les livres de l’Ancien Testament : les deux voies.
Les deux voies dans la tradition biblique
Tous les fils d’Israël se souvenaient des paroles de Moïse dans le livre du Deutéronome :
« Vois, je mets aujourd’hui devant toi la vie et le bonheur, la mort et le malheur; moi je te commande aujourd’hui d’aimer le Seigneur ton Dieu, de suivre ses chemins, de garder ses commandements, ses lois et ses coutumes… Tu choisiras la vie pour que tu vives, toi et ta descendance, en aimant le Seigneur ton Dieu, en écoutant sa voix et en t’attachant à lui. » (Dt 30,15-20)
Ben Sira, chargé d’éduquer les jeunes de Jérusalem vers 180 av. J.-C., reprend fidèlement ces enseignements :
« La vie et la mort sont proposées aux hommes. »
Est-ce vraiment un choix si évident ?
Suivre Dieu ou choisir la mort
Les deux voies sont un classique du langage biblique :
- Suivre Dieu et entrer dans l’Alliance, c’est prendre le chemin de la vie.
- Rejeter Dieu et l’Alliance, c’est emprunter le chemin de la mort.
Comme le dit Ben Sira, il y a un choix à faire entre la vie et la mort. À première vue, la réponse semble simple : qui ne choisirait pas la vie ?
Mais dans les Écritures, la Parole de Dieu est performative, c’est-à-dire qu’elle se traduit dans la vie concrète et doit produire des fruits. Il ne suffit pas de dire « je choisis la vie » ; notre vie doit refléter ce oui à la vie que nous proclamons.
L’exigence du disciple du Christ
« Que votre parole soit « oui », si c’est « oui », « non », si c’est « non ». Ce qui est en plus vient du Mauvais », dit le Seigneur.
Il n’y a pas d’alternative ni de voie médiane. Le disciple de Jésus ne peut vivre à moitié.
On ne peut pas dire « oui » au Seigneur et ne jamais prier, ne jamais participer à l’Eucharistie, ne jamais vivre de l’Esprit Saint par les sacrements. Cela serait un oui vide, qui revient à vivre comme si l’on était mort.
On ne peut pas non plus dire « oui » à la vie et continuer à être raciste, antisémite, homophobe, menteur, égoïste, orgueilleux, avare, violent ou rancunier. Notre vie refléterait alors le chemin de la mort, et nos prières ne seraient pas exaucées.
La paradoxe de la vie chrétienne
Les apparences sont trompeuses, comme le dit Saint Paul : la sagesse de Dieu n’est pas la sagesse du monde. Ce qui semble être un chemin de vie est souvent un chemin de mort, et ce qui semble un chemin de mort est un chemin de vie.
Adam et Ève croyaient choisir la vie en voulant tout connaître, mais ils ont perdu l’amitié avec Dieu. Jésus avertit :
« Qui veut sauver sa vie la perdra. »
Le chemin de vie en Dieu passe par le mystère de la croix et de la mort. Vivre avec Christ, c’est mourir à soi-même, devenir serviteur, humble et petit, même si l’on veut être grand.
La nouvelle loi de Jésus
Jésus proclame dans l’évangile la nouvelle loi. Elle n’abolit pas la Loi de Moïse, mais la parfait, en insistant sur les dispositions du cœur :
C’est dans le cœur que se joue la fidélité à Dieu et l’ouverture aux autres.
Choisir la mort semble plus facile que choisir la vie. Le sermon sur la montagne peut nous laisser dépassés et confus, mais le chemin proposé par le Christ, bien que exigeant, est le chemin de la vie et du bonheur.
Ce chemin est :
- Amour sans limites
- Pardon
- Ouverture au prochain, surtout au plus petit
Jésus affirme que l’on ne peut aimer à moitié, vivre à moitié ou le suivre à moitié.

L’importance de la réconciliation et de l’Eucharistie
Pour participer vraiment à l’Eucharistie, il faut la réconciliation :
« Lorsque tu vas présenter ton offrande à l’autel, si tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande là, réconcilie-toi d’abord avec ton frère, puis viens présenter ton offrande. »
Le sacrifice de Jésus est total, et nous ne pouvons approcher Dieu que par Lui. Son offrande nous montre comment vivre dans l’amour total et l’abandon complet.
Amen !
+Émilius Goulet, PSS
Archevêque émérite de Saint-Boniface
